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Chapitre 10 : Sakura et le pouvoir de l’étoile

Un réveil plutôt calme

L’été qui habituellement était une période de calme ne fut pas de tout repos pour Sakura.

Après sept ans à l’étranger, elle avait décidé de rattraper le temps perdu et de voir ses amies autant qu’elle le pouvait. Elle s’était souvent rendue à Tokyo avec Tomoyo pour les voir, sortir ensemble, faire du shopping, et des soirées karaoké endiablées. Evidemment, en parallèle à tout ça, elle s’occupait d’Azusa, qu’elle avait quelquefois emmenée à Tokyo. C’était l’occasion pour elle de découvrir cette ville encore plus grande que Paris où elle avait vécu ses premières années, mais aussi de rencontrer les amies d’enfance de sa mère. Elles étaient formelles, Azusa était encore plus jolie que Sakura. Tomoyo n’était néanmoins pas de cet avis, sa petite Sakura restait la plus mignonne.

Lors d’une sortie, elles étaient tombées sur un groupe de touristes français, perdus dans la gare de Shinjuku, une des plus grandes gares du monde. Elle avait été ravie de pouvoir les aider à trouver leur chemin, en leur répondant dans un français que peu de Japonais pratiquaient. Etant née et ayant vécu ses premières années en France, Azusa aussi avait appris le français, et le groupe de touristes avait été épaté quand elle s’était mise à leur répondre dans leur langue. A leur tour, ils s’étaient essayés à quelques réponses en japonais, avec un vocabulaire plutôt basique à base de sugoi et kawaii[1].

Mais toutes ces sorties n’étaient pas le plus fatigant, puisque la croisière à destination d’Okinawa s’était transformée en champ de bataille contre Watery et Windy, qui avait eu pour finalité de l’envoyer à l’hôpital pour observation.

Et tout au long des vacances, elle avait continué d’animer le club d’athlétisme en vue de la compétition inter-lycée, qui se solda par une victoire écrasante de Tomoeda. Un grand succès pour Sakura et son équipe.

Après tout ça, elle avait finalement été contente de reprendre le travail, qui paradoxalement était moins fatigant que ses vacances mouvementées, malgré les cours qu’elle donnait.

Mais pour l’heure, c’était le week-end et elle émergeait peu à peu de sa grasse matinée, réveillée par les rayons du soleil qui annonçaient une belle journée d’automne.

Les journaux intimes

Généralement, Sakura était réveillée au petit matin par Azusa qui venait frapper à sa porte ou même sauter sur son lit. Mais aujourd’hui, pas de petit monstre pour venir la réveiller. C’était l’occasion idéale pour trainer au lit en lisant un bon livre. Elle se leva en prenant garde à ne pas faire trop de bruit, on ne sait jamais, Azusa pourrait entendre depuis sa chambre. Elle ouvrit un tiroir de son bureau duquel elle sortit ce qui semblait être un vieux livre. Pas de résumé sur la quatrième de couverture, pas de gros titre avec une illustration sur l’avant, juste un nom écrit dessus : « Masaki ». C’était le journal intime de son arrière-grand-père, que Sonomi lui avait confié lorsqu’ils avaient fait un week-end en famille dans sa maison de campagne.

Elle avait longtemps hésité avant de commencer à le lire. Un journal intime est quelque chose de privé, le lire lui donnait l’impression de s’introduire dans la vie de son arrière-grand-père, de l’espionner, de découvrir tous ses secrets. Mais d’un autre côté, c’est lui qui avait décidé de donner son journal à Sakura en le mettant dans une boite avec le nom de son arrière-petite-fille dessus. Elle décida donc de limiter sa lecture aux parties qui concernait sa mère.

Les récits étaient souvent ponctués de photos, qui confirmèrent ce que tout le monde lui avait dit, elle ressemblait vraiment à sa mère. C’était déjà le cas lorsqu’elles n’étaient que des enfants, ça s’est vérifié au moment de l’adolescence, et maintenant que Sakura approchait de l’âge de sa mère quand elle est décédée, c’était encore plus vrai. La différence majeure était la couleur des cheveux, qui étaient châtains chez Sakura, alors que sa mère les avait plus foncés. Là où d’autres personnes auraient pu ressentir de la tristesse, Sakura ne ressentait que du bonheur. Le bonheur de se dire que pendant ces courtes 27 années où sa mère avait vécu, elle avait eu une vie heureuse.

Pendant longtemps, elle n’avait eu que la version de Sonomi. Toute la famille de Nadeshiko s’était opposée à son mariage avec Fujitaka, qui était son professeur à l’époque. A la croire, tout le monde le détestait. Les mémoires de son arrière-grand-père étaient néanmoins plus nuancées. Certes, il ne portait pas Fujitaka dans son cœur, mais il reconnaissait que si Nadeshiko était si heureuse avec lui, c’est qu’il ne pouvait pas être foncièrement mauvais. Ce qui comptait vraiment pour lui, c’est que sa petite fille soit heureuse. Elle connaissait bien ça, c’est ce que Tomoyo lui répétait quand elle lui disait qu’elle ne l’aimait pas de la même manière « Ce qui compte, c’est que tu sois heureuse ma petite Sakura, même si c’est avec quelqu’un d’autre que moi ».

Elle avait ensuite sauté quelques pages, celles qui dataient de l’époque du décès de sa mère, préférant rester sur ces moments de bonheur. Il semblait alors que les récits de son arrière-grand-père s’arrêtèrent pendant quelques années, pour reprendre peu après leur rencontre.

Nadeshiko, ma très chère petite fille, aujourd’hui j’ai fait une belle rencontre. Sakura, ta fille, est venue me rendre visite. Elle ignore qui je suis, mais moi je l’ai reconnue au premier coup d’œil. Elle te ressemble comme deux gouttes d’eau. Dire que pendant toutes ces années j’ai maudit ton mari de t’avoir enlevé à notre famille… J’étais dans l’erreur, je m’en rends compte aujourd’hui. Quand je vois à quel point Sakura est heureuse, je sais qu’il n’y est pas étranger.

Je l’ai invité à boire le thé, nous avons joué au tennis, je lui ai offert une de tes robes. Pendant un temps, j’étais revenu 20 ans en arrière, et tu étais à nouveau là. Je lui ai montré ton tableau représentant un arc-en-ciel. Tu sais à quel point je les aime. Je ne sais pas comment elle s’y est prise, mais à son départ, un arc-en-ciel s’est formé dans le ciel.

A ces mots, Sakura sourit. Elle se souvenait effectivement avoir rencontré un vieux monsieur lors d’un week-end à la campagne, avant de découvrir qu’il s’agissait de son arrière-grand-père. Ca la faisait beaucoup rire qu’il puisse croire qu’elle y était pour quelque chose dans la création d’un arc-en-ciel.

Elle passa rapidement les pages, voyant qu’après chacune de ses visites, son arrière-grand-père écrivait un mot dans son journal. Elle lut les dernières pages avec un peu d’émotion, sachant qu’elle approchait de leur dernière rencontre.

Ca faisait longtemps que Sakura n’était pas venue me rendre visite. Elle a beaucoup grandi, elle est de plus en plus belle et te ressemble de plus en plus, Nadeshiko. Elle est désormais en dernière année de lycée, j’imagine qu’elle est occupée par ses révisions. Mais mon petit doigt me dit qu’elle est aussi occupée par autre chose. Aujourd’hui, elle m’a présenté son petit ami, ils sont dans la même classe. Ca a l’air d’être quelqu’un de très bien. Il est très poli, semble très attentionné envers Sakura, et parle très bien japonais pour un étranger. Décidément, ça serait plus simple de les détester, si c’étaient des mauvais garçons qui m’enlevaient mes petites filles. Ma mémoire me joue des tours, j’ai oublié son prénom.

Etrangement, Sakura ne se souvenait pas lui avoir présenté un petit ami. Peut-être était-ce un autre élément de son passé qui s’effritait sans qu’elle comprenne pourquoi ?

Le calme ne dure jamais très longtemps

Alors qu’elle allait continuer sa lecture, elle fut interrompue par un « Maaamaaaaan », provenant non pas de la chambre d’à côté, mais du rez-de-chaussée.

Sakura se leva, rangea précautionneusement le journal de son arrière-grand-père, puis sortit de sa chambre pour aller rejoindre sa fille qui était visiblement déjà levée.

– Bonjour papa, dit-elle à son père qui était en train de prendre un café dans la cuisine.

– Bonjour Sakura, tu as bien dormi ?

– Oui très bien. Bonjour maman, ajouta-t-elle en regardant la photo de sa mère posée sur un meuble.

A peine fut-elle retournée, qu’Azusa sauta vers elle. Sakura la prit dans ses bras.

– Maman !

– Bonjour ma chérie. Merci beaucoup de m’avoir laissé dormir ce matin. Je ne savais pas que tu étais levée, je pensais que tu étais encore dans ta chambre.

– Penses-tu, répondit Fujitaka, ça fait deux heures qu’elle est debout. On a pris le petit déjeuner, ensuite nous sommes sortis faire des courses. Et une fois rentrés on a joué à un jeu de société.

– Et bien, vous en avez fait des choses.

– Mamam, maman, on peut aller au parc du roi manchot s’il te plait ? J’ai demandé à papy mais il m’a dit qu’il fallait que je te demande.

– Le roi manchot ?

– Avec le toboggan.

– Oui, je vois, mais ce n’est pas le roi manchot.

– La reine ?

– Non plus.

– En Angleterre il y a une reine, et au Japon, on a qui ?

– Un hokage !

– Un quoi ?

– Un hokage, comme Naruto, le roi des ninjas. Kagebushin no jutsu ! répondit Azusa en faisant des signes avec ses mains.

– Euh… non, ce n’est pas ça non plus, ce n’est pas grave. Au Japon, c’est un empereur, et le parc c’est l’empereur pingouin, pas manchot.

– Mais non maman, c’est un manchot, pas un pingouin[2].

– Je crois bien qu’Azusa a raison, Sakura, intervint Fujitaka.

– Oui maman, j’ai raison, un pingouin, ça vole, mais pas les manchots, ils ont des ailes trop petites. Au parc, il a des petites ailes, c’est un manchot.

– Exactement, d’ailleurs le manchot empereur est une race à part entière de manchot. Ce sont les plus grands et les plus gros de toutes les races de manchots, et ils n’ont rien à voir avec les pingouins qui sont beaucoup plus petits.

– Et bien, vous en savez des choses tous les deux, mais alors pourquoi on l’appelle le parc de l’empereur pingouin depuis si longtemps ?

– C’est une erreur classique de confondre les deux[3]. Je pense qu’avec le temps, l’erreur n’a jamais été corrigée. C’est vrai que quand tu étais petite, moi aussi je disais empereur pingouin, certainement par habitude.

– Ma jeunesse est tout à coup remise en cause, tant pis, je continuerai à dire l’empereur pingouin, même si j’ai tort.

– Alors ? On peut y aller ?

– Alors d’accord Azusa, on va aller au parc tout à l’heure, laisse-moi juste le temps de prendre mon petit déjeuner.

– Super, merci maman ! On peut y aller avec Tomoyo ?

– Oui, si tu veux. Je vais lui envoyer un message pour lui demander si elle veut venir.

Azusa retourna dans le salon regarder la suite de son épisode de Naruto, pendant que Sakura s’installait dans la cuisine pour prendre son petit déjeuner. Son père avait déjà préparé des pancakes et lui servit un thé. Même à 25 ans, Sakura était toujours chouchoutée par son père. Repensant au journal intime de son arrière-grand-père, elle s’imaginait comment aurait été la vie si sa mère avait toujours été de ce monde. Ca faisait un moment qu’elle pensait à déménager pour avoir sa propre maison avec Azusa, mais elle n’avait pas envie de laisser son père tout seul. En tout cas, si elle déménageait, elle resterait à Tomoeda pour voir sa famille quand elle voulait.

– Azusa, tu peux aller chercher mon téléphone dans ma chambre s’il te plait ?

– Oui maman, je vais y aller.

Même si elle avait répondu par l’affirmative, Azusa était toujours dans le salon à regarder la télé.

– C’est possible d’aller le chercher maintenant ?

– L’épisode est bientôt terminé.

– Si tu n’y vas pas, je ne pourrai pas envoyer un message à Tomoyo, et elle ne pourra pas venir au parc avec nous.

Azusa sauta du canapé et se précipita à l’étage pour aller chercher le téléphone de sa mère.

– Attention, ne cours pas dans les escaliers, c’est dangereux.

– Et bien, quand il s’agit de Tomoyo, elle réagit au quart de tour, remarqua Fujitaka amusé.

– Ah oui, quelques fois j’en serais même un peu jalouse.

Moins d’une minute plus tard, Azusa était de retour et tendait le téléphone à sa mère.

– Merci Azusa.

Sakura commença à écrire un message à son amie, quand elle vit qu’Azusa n’avait pas bougé et restait devant elle.

– Qu’est-ce que tu as, ma chérie ? Tu fais une drôle de tête.

– Quand je suis rentrée dans ta chambre, ton ours jaune était en train de jouer avec le téléphone.

– Tu lui as demandé la permission avant de le prendre ?

– Euh…

Azusa regardait sa mère, les yeux grands ouverts, ne comprenant pas ce qu’il se passait. Sakura savait pertinemment de qui elle parlait. Kéro avait probablement pris son téléphone pour jouer à des jeux vidéo. Ce n’était pas la première fois qu’elle lui disait de faire attention quand il y avait du monde à la maison. Mais elle essayait de noyer le poisson en racontant n’importe quoi.

– Je rigole, Azusa, tu sais très bien que les ours en peluche ne jouent pas avec un téléphone. J’ai dû oublier de l’éteindre et le poser à côté de lui quand je suis descendu tout à l’heure. Est-ce que tu l’as vu bouger quand tu es rentré dans la chambre ?

– Non, il était à côté.

– Tu vois, répondit Sakura, rassurée que Kéro ait eu le réflexe de rester immobile quand Tomoyo rentra dans la chambre. Mais ça serait rigolo à voir.

C’est bon, Azusa l’avait crue, « il exagère vraiment », pensa Sakura.

– Tomoyo arrive dans 30 minutes, dit Sakura en reposant son téléphone. Tu as pris ta douche ?

– Pas encore, elle n’a pas voulu que je la surveille pendant sa toilette, répondit Fujitaka.

– Alors on y va toutes les deux. Il faut te faire belle pour Tomoyo. Elle a hâte de te voir.

Azusa partit vers la salle de bain, avant que Sakura ne l’interpelle.

– Pas si vite jeune fille, tu vas m’aider à débarrasser la table avant.

– Mais maman, c’est toi qui as mangé, pas moi.

– Ce n’est pas grave, tu vas quand même m’aider.

Evidemment, Azusa était trop petite pour aider efficacement sa mère, mais au moins ça lui permettait de prendre de bonnes habitudes.

Très exactement trente minutes plus tard, la sonnette de la maison retentit, Tomoyo venait d’arriver. Fujitaka l’accueillit et la fit rentrer dans la maison.

– Bonjour, Tomoyo, tu es toujours très ponctuelle. Les filles finissent de se préparer.

– Bonjour monsieur Kinomoto. Dès que Sakura m’a envoyé un message, j’ai terminé ce que j’étais en train de faire, et je me suis empressé de venir. J’ai vu Sakura hier au lycée, mais ça fait presque une semaine passée sans voir Azusa. Elle est tellement mignonne.

– Plus ou moins que moi ? l’interrompit Sakura qui venait d’arriver avec sa fille.

– Vous êtes toutes les deux aussi mignonnes l’une que l’autre. Telle mère, telle fille comme on dit. Impossible de choisir.

Azusa sauta dans ses bras.

– Bonjour, Tomoyo, on va au parc ?

– Oui, on y va ma petite Azusa.

Pique-nique au parc de l’empereur pingouin

Toutes les deux partirent devant, main dans la main, pendant que Sakura finissait de rassembler ses affaires.

– Sakura, je vous ai préparé des bentos, dit son père en lui tendant un sac. Vous pourrez pique-niquer au parc. Il fait beau aujourd’hui, il faut en profiter avant que le mauvais temps n’arrive.

– Ah super, merci papa, tu penses vraiment à tout. Attendez-moi les filles, cria-t-elle ensuite en sortant de la maison. A tout à l’heure papa.

Arrivées devant le parc, Sakura chercha quelque chose sur son téléphone.

– Mais c’est vrai en plus ! dit-elle.

– Qu’y a-t-il ? lui demanda Tomoyo.

– Regarde, répondit-elle en tendant le téléphone. Ca, c’est un manchot, et ça, c’est un pingouin. Tu savais toi qu’en fait l’empereur pingouin du parc était un manchot ?

– Evidemment Sakura. Un pingouin, ça a de plus grandes ailes.

– Mais alors, pourquoi on l’a toujours appelé comme ça ? Pourquoi tu ne m’as jamais rien dit ?

– Je ne sais pas, question d’habitude, tout le monde l’appelait déjà comme ça. Je pensais que tu connaissais les différences entre un pingouin et un manchot, et que toi aussi tu disais ça par habitude.

– Pas du tout, je pensais vraiment que c’était un pingouin. C’est Azusa et papa qui m’ont appris ça ce matin.

Azusa était déjà partie en direction de l’aire de jeu, pendant que Sakura et Tomoyo se dirigeaient vers un banc. Une fois assise, elle regarda sa fille et s’adressa à son amie.

– Ca m’arrive quelques fois, le soir, de venir quand il n’y a personne et de jouer un peu ici. Ca me rappelle quand on était à l’école primaire.

– Tu n’es pas un peu vieille pour ça, Sakura ?

– Probablement… Tu trouves ça stupide ?

– A vrai dire… ça m’arrive aussi.

Les deux amies rigolèrent en chœur. Elles avaient peut-être maintenant 25 ans, mais elles avaient gardé leur âme d’enfant. Parfois, Tomoyo n’en revenait pas que Sakura soit déjà maman. Elle avait beaucoup de respect pour son amie, sachant qu’elle l’avait élevée seule dans un pays étranger tout en continuant ses études. Tomoyo avait plusieurs fois essayé d’en savoir plus, comment elle avait fait, si quelqu’un avait été là pour l’aider, et surtout qu’était devenu le père d’Azusa. Mais Sakura avait été claire sur ce sujet, elle ne voulait pas en parler. Elle avait donc tout naturellement accepté les zones d’ombres de la vie de son amie, préférant profiter de chaque moment passé avec elle.

– Ca ne va pas Sakura ? demanda Tomoyo, la voyant un peu perdue dans ses pensées.

– Tout va bien… Enfin non, pas tout.

– Qu’est-ce que qui ne va pas ?

– Comme je disais, ce parc me rappelle l’école primaire, je me souviens qu’on venait jouer ici. Mais en fait, je ne m’en souviens plus vraiment, pas dans le détail en tout cas. Comme si c’était le souvenir de quelque chose que je sais, et non pas que j’ai vécu. Le souvenir d’un souvenir.

– Tu m’as perdu, Sakura, lui répondit Tomoyo perplexe. Il va falloir être plus précise dans tes explications.

– Etre précise, c’est justement le problème. Hmmm, comment l’expliquer ? Tu te souviens de tes premiers pas, Tomoyo ?

– Non, j’étais bien trop petite, je n’en ai pas de souvenirs.

– Mais j’imagine que tu sais quel âge tu avais, et à quel endroit c’était ?

– Oui, c’est en vacances avec ma mère, j’avais onze mois, elle était tellement fière de me voir marcher pour la première fois.

– Donc tu le sais, mais tu ne t’en souviens pas. Tu le sais parce qu’elle te l’a surement raconté.

– Oui, c’est vrai.

– Et bien, c’est pareil pour moi. Je sais que ce parc de l’empereur pingouin, qui n’est même pas un pingouin, j’y suis venu à de nombreuses reprises, mais tout est flou. Je serai incapable de donner des souvenirs concrets de ce que nous avons pu faire. Je sais juste qu’on est souvent venu. Est-ce que ça t’arrive aussi Tomoyo ?

– Je n’y ai jamais réfléchi.

– As-tu des souvenirs précis de ce parc ?

Tomoyo réfléchissait, elle essayait de se remémorer des éléments de son passé.

– C’est étrange, plus j’essaie de m’en souvenir…

– … et moins tu t’en souviens ? C’est ça ?

– Exactement !

– Ca me fait la même chose. C’est le cas pour ce parc, et c’est le cas pour bien d’autres choses. Ce matin, je lisais le journal intime de notre arrière-grand-père.

– Celui que maman t’a donné quand nous étions dans sa maison de campagne ?

– Oui, c’est ça. Evidemment, il parlait de ma mère dont je n’ai quasiment aucun souvenir, mais c’est normal, j’étais très jeune quand elle nous a quittés. Les souvenirs que j’ai, ce sont ceux que mon père m’a racontés. Mais il parlait aussi des visites que j’avais pu lui faire. Je me souviens bien de l’avoir rencontré, mais il donnait des détails dont je n’avais pas connaissance.

– Comme quoi par exemple ?

– Je n’ai pas tout lu, mais dans les dernières pages, il parlait du jour où je lui ai présenté mon petit ami. Un étranger parlant très bien japonais, qui était dans la même classe que nous.

– Quel est le problème ? Il t’a probablement accompagné un jour où tu étais allé lui rendre visite.

– Bien sûr, ça me semble normal, mais je n’ai plus aucun souvenir de cette visite. Mais ce n’est pas tout… Tu te souviens de mon petit ami en terminale ?

– Evidemment, celui qui t’a laissé tomber à la fin de l’année. Jamais je n’aurais laissé tomber ma petite Sakura.

– Non, je te repose la question. Est-ce que tu t’en souviens réellement ? Un souvenir concret de nous deux. Un souvenir de quand il est arrivé dans notre classe, de notre première rencontre, d’activités qu’on aurait pu faire ensemble. Ou même de son prénom.

Tomoyo resta silencieuse.

– Tu vois, c’est de ce genre d’oubli dont je te parle depuis le début. Je sais que j’avais un petit ami en terminale, je sais qu’il est parti sans rien dire, et je sais que j’ai moi aussi quitté Tomoeda ensuite. Mais je n’en ai pas le souvenir.

– C’est vraiment effrayant tout ça. Est-ce que ça pourrait être une carte ?

– J’y ai pensé. Mais les cartes sont récentes, et cette sensation de souvenir oublié n’est pas nouvelle.

– Mais comment sais-tu qu’elle n’est pas nouvelle ? Si tu as perdu des souvenirs, tu ne peux pas savoir quand tu les as perdus. Tu sais juste qu’il y a quelque chose qui cloche.

– C’est pas faux, je demanderai à Kéro si une carte peut faire ça.

Alors qu’elles s’apprêtaient à poursuivre leur discussion, Azusa revint les voir.

– J’ai bien joué, on peut rentrer.

– Ah bon ? Et si nous, on a envie de rester là, comment on fait ? lui demanda Tomoyo en rigolant.

– Vous me ramenez à la maison et vous revenez ici après. Mais vous êtes trop grandes pour jouer.

– Et bien Sakura, ta fille n’a pas sa langue dans sa poche. Qu’est-ce qu’on devrait faire ?

– Moi j’ai une meilleure idée, répondit-elle en sortant les bentos de son sac. Ton grand-père a préparé à manger, on pourrait faire un pique-nique ici ?

– Super ! Il est trop gentil papy. Et il fait bien à manger. Mieux que…

Azusa s’arrêta net, voyant sa mère qui la regardait d’un air un peu en colère.

– … mieux que la dame à l’école, se rattrapa-t-elle.

– Je préfère ça.

Toutes les trois partirent un peu plus loin pour installer une couverture sur la pelouse avant de s’asseoir et commencer à manger. Fujitaka avait préparé des bentos comme on en voit beaucoup au Japon, constitué de petites portions de petits plats ou aliments, parmi lesquels : onigiri, tamagoyaki, karage, tempura[4], et évidemment quelques légumes pour accompagner. Pour Azusa, il avait fait un kyaraben[5] représentant Sakura. Pas sa maman Sakura, mais Sakura Haruno de la série Naruto. Même si elle était encore trop jeune pour vraiment regarder le dessin animé ou lire le manga, elle était fan du personnage. Le fait qu’elle s’appelle comme sa mère n’y était surement pas étranger. En tout cas, elle était très contente de son repas.

– Alors Azusa, tu as bien joué ?

– Oui, j’aime bien le toboggan manchot.

– Tu veux dire le ping… Ah oui, c’est vrai, c’est un manchot. Et tu as joué avec d’autres enfants ?

Azusa ne répondit pas à la question, elle avait les yeux qui regardaient dans le vide.

– Azusa, tu vas bien ? lui demanda Tomoyo.

– Il y a un problème à la maison, finit-elle par répondre.

– De quoi tu parles ? lui demanda à son tour sa mère.

Pour toute réponse, elle répéta à nouveau la même phrase, toujours les yeux dans le vide, juste avant de se mettre à pleurer.

– Il y a un problème à la maison.

– Tomoyo, donne-moi mon téléphone s’il te plait, j’ai un mauvais pressentiment.

Un pressentiment confirmé

Tomoyo attrapa le sac de son amie et lui tendit son téléphone. Dans le répertoire, elle choisit le numéro de son père. Personne ne répondait. Elle insista, mais toujours aucune réponse. Au moment où elle tomba sur le répondeur, un camion de pompier avec la sirène allumée passa devant le parc. Après avoir demandé à son amie de s’occuper d’Azusa, Sakura se leva et courut en dehors du parc. Le camion se dirigeait vers une direction depuis laquelle de la fumée s’échappait. Elle se mit à courir aussi vite qu’elle le pouvait, tout en rappelant en boucle le numéro de téléphone de son père qui ne répondait toujours pas. Elle avait perdu de vue le camion qui roulait à vive allure, mais, toujours guidée par la sirène et la fumée qu’elle voyait au loin, elle arriva finalement jusqu’à chez elle. La maison était en feu. Sans réfléchir, elle fonça en direction de la porte, mais un pompier s’interposa pour la retenir.

– Arrêtez-vous là, c’est trop dangereux, vous ne pouvez pas rentrer, lui dit un pompier en la rattrapant pour l’empêcher d’aller plus loin.

– C’est ma maison, mon père est à l’intérieur, répondit Sakura tout en pleurant.

– On a envoyé quelqu’un à l’intérieur pour vérifier s’il y restait du monde. Restez à l’écart.

Pendant que le pompier la tenait dans ses bras pour l’empêcher de rentrer dans la maison, d’autres maniaient les lances à incendie pour éteindre le feu. Après quelques minutes, une personne sortit des flammes qui étaient en train de dévorer la maison. C’était un pompier, il était seul.

– Impossible d’accéder au sous-sol, les flammes sont trop puissantes, c’est probablement là que le feu a pris sa source.

– C’est la bibliothèque. Mon père y est certainement.

– Désolé, mademoiselle. Nous devons d’abord contrôler l’incendie. Quand les flammes s’apaiseront, nous pourrons y retourner. Pour le moment, c’est impossible.

Sakura ne pouvait s’arrêter de pleurer. Sous le choc, elle n’avait même pas pensé à utiliser le pouvoir des cartes pour arranger la situation. Elle n’avait pas non plus fait attention à la sonnerie de son téléphone qui était pourtant dans sa main. Quand elle s’en rendit compte, elle se figea, ne pouvant détourner le regard de l’écran qui affichait « Papa ». Elle l’imaginait appeler depuis la cave, pris au piège, lui livrant ses dernières volontés. C’est le pompier qui prit finalement le téléphone.

– Allo ? Ah non, je ne suis pas Sakura, j’imagine que c’est votre fille ? Petite, de longs cheveux châtains, des yeux verts. Où êtes-vous ? Ah très bien, elle va être ravie de l’apprendre. Mais j’ai une mauvaise nouvelle. Je suis le capitaine Watanabe, de la brigade des pompiers de Tomoeda. Un incendie s’est déclaré dans votre maison. Votre fille est avec nous, elle est sauve, mais le feu peine à être maitrisé, toute mon équipe est évidemment mobilisée pour faire le maximum. Oui, je vous la passe.

Sakura prit le téléphone et répondit à son père d’une voix fébrile mais rassurée. C’étaient maintenant des larmes de joie qui coulaient sur ses joues. La joie de savoir que son père était sauf et qu’il n’y avait personne dans la maison. Peu après avoir raccroché, Tomoyo arriva avec Azusa. Sakura était tellement heureuse de voir que personne n’avait rien, qu’elle en avait même oublié que c’était sa fille qui l’avait prévenue que quelque chose se passait. Elle la prit dans ses bras pour la rassurer, mais aussi parce qu’elle-même en avait besoin.

– Ne t’inquiète pas, ton grand-père n’était pas dans la maison, les pompiers vont éteindre le feu. On va devoir attendre, nous ne pouvons rien faire de plus.

– Sakura, tu es sûre que tu ne peux rien faire ? lui demanda Tomoyo qui, contrairement à son amie, avait tous ses esprits.

– Le mieux est de laisser les pompiers faire leur travail. Ils m’ont déjà empêché de rentrer dans la maison, ils ont eu raison.

– Vraiment rien ? ajouta-t-elle en posant sa main sur le haut de sa poitrine, juste en dessous de son cou.

Sakura comprit alors ce que voulait lui dire Tomoyo. Comment n’y avait-elle pas pensé plus tôt, elle pouvait utiliser les cartes. Mais il fallait d’abord éloigner Azusa.

– Non, retournons au parc, voir la maison brûler ne nous fera que plus de mal.

Toutes les trois repartirent vers le parc, puis, à mi-chemin, Sakura prétexta avoir oublié de dire quelque chose au pompier pour faire demi-tour.

Seule contre les flammes

De retour à la maison, elle vit que le feu avait progressé et était de plus en plus puissant. Un second camion de pompier du village d’à côté était même arrivé pour prêter main-forte à ceux déjà sur place. Sakura s’était mise à l’écart pour pouvoir agir sans éveiller les soupçons. Alors qu’elle s’apprêtait à libérer son pouvoir, elle vit Kéro arriver vers elle.

– Ah, enfin Sakura, je me demandais si tu allais finir par venir. Tu dois capturer cette carte, elle est hors de contrôle, si tu n’interviens pas rapidement, elle va ravager tout le quartier.

– Une… carte ?

– Ne me dis pas que tu n’as rien senti ? C’est Firey, la carte du feu. Pourquoi es-tu là si ce n’est pas pour la capturer ?

– Et bien figure toi que c’est ma maison qui est en train de brûler, et accessoirement c’est aussi la tienne. Je revenais pour aider à éteindre le feu à l’aide des cartes que j’ai capturées. Ma maison part en fumée sous mes yeux, alors non, je n’ai pas imaginé une seule seconde qu’il pouvait s’agir d’une carte. Il n’y a même pas cinq minutes, j’étais en train de pleurer, pensant que mon père était à l’intérieur. Je n’étais pas vraiment en état de ressentir quoi que ce soit.

– Désolé pour ta maison, répondit Kéro tout penaud. Mais c’est bien une carte, tu dois la capturer.

Sa phrase n’était pas finie, que Sakura avait déjà transformé son sceptre et fait venir les cartes jusqu’à elle. Naturellement, elle invoqua Watery.

– Tu m’as donné du fil à retordre la dernière fois qu’on s’est rencontré, mais aujourd’hui j’ai besoin de toi pour éteindre ce feu. Fais ça discrètement comme s’il pleuvait, il ne faut pas que les pompiers te voient.

Watery monta haut dans le ciel et se dispersa en gouttelette de pluie. Les pompiers étaient ravis de cette pluie providentielle, mais malheureusement, elle n’avait pas beaucoup d’effet.

– Tu penses vraiment pouvoir combattre Firey de cette manière Sakura ?

– La pluie va éteindre le feu. Ce n’est pas comme ça que ça fonctionne ?

– Si, bien sûr. Mais c’est d’une carte qu’il s’agit. Ce n’est pas une petite pluie qui va l’arrêter.

Effectivement, le feu continuait à faire rage, et la pluie créée par Watery n’avait aucun effet.

– Puise au fond de toi, tu renfermes un pouvoir bien plus grand que ça. Tes cartes aussi peuvent déployer plus de puissance.

– Je sais bien, mais j’essaie d’être discrète pour ne pas me faire remarquer.

– Sakura ! s’énerva Kéro. Ce n’est pas le moment d’avoir des états d’âme. Tu dois capturer cette carte au plus vite, peu importe les conséquences. Si tu ne le fais pas, le feu va s’étendre au quartier. Si tu n’en es pas capable, appelons Kaho à la rescousse une nouvelle fois.

Non, impossible, elle ne se reposerait pas une fois de plus sur Kaho, elle devait capturer cette carte par elle-même.

– Watery, on abandonne la discrétion, donne le maximum, mon pouvoir est tien.

La petite pluie du début s’intensifia, il pleuvait maintenant des cordes, mais ce n’était pas encore suffisant.

– Concentre ton pouvoir Sakura, tu peux mieux faire.

Sakura leva son sceptre qu’elle tenait de ses deux mains. Le bout en forme de bec d’oiseau commençait à briller, reflétant l’intensification du pouvoir que déployait maintenant Sakura.

– Continue, tu vas l’avoir !

– Je fais ce que je peux, mais… je n’y arrive pas… J’ai l’impression que Watery a déjà tout donné.

En effet, la pluie qui s’était temporairement intensifiée était maintenant en train faiblir.

– Ca ne marche pas Kéro.

– Je ne comprends pas, on dirait que le pouvoir de Watery est en train de s’évanouir. Je… je ne sais pas quoi faire.

– Il n’y a pas le choix. Tu dois aller chercher Kaho, lui répondit Sakura, la voix pleine de déception.

– Très bien, j’y vais, tiens le coup.

Kéro commençait à s’éloigner, quand il sentit soudainement le pouvoir de Sakura grandir. Il se retourna pour observer ce qu’il se passait. De loin, il vit que le sceptre de Sakura brillait de plus en plus, et au-dessus de la maison, la pluie redoubla d’intensité. Le feu était en train de s’éteindre.

– Tu vas y arriver, cria-t-il en revenant vers elle.

Il n’en croyait pas ses yeux. Il y a moins de deux minutes, Sakura était prête à baisser les bras, et elle était maintenant en position de force. De retour près d’elle, il sentit que quelque chose avait changé.

– Super Sakura, tu es la meilleure. Comment as-tu fait ça ?

Sakura ne répondait pas, elle était dans une sorte de transe. Une fois le feu éteint, le sceptre magique cessa de briller, c’est à ce moment que Kéro remarqua qu’il avait changé. L’extrémité n’était plus un bec d’oiseau, comme à l’accoutumée, mais une étoile dans un cercle orné de deux petites ailes.

– Mais, c’est impossible, ton sceptre a changé. Qu’est-ce que… attention !

Kéro n’eut pas le temps de finir sa phrase. Le feu éteint, quelques braises s’étaient envolées et se dirigeaient vers Sakura. Au fur et à mesure qu’elles avançaient, elles se transformaient en flammes. De toute évidence, même si l’incendie était terminé, le combat contre Firey ne faisait que commencer.

– Water Shield, dit alors Sakura d’un calme olympien.

Une boule d’eau l’engloba et stoppa net les attaques de feu qui essayaient de la toucher.

– Angel Wings.

La carte du vol, Fly, qui lévitait face à Sakura, se mit à briller et libéra son pouvoir. Mais au lieu de créer des ailes sur son sceptre, c’est sur son dos que deux ailes d’ange se formèrent. Sakura s’envola dans les airs et partit dans la direction opposée à sa maison, suivie de très près par Firey. Elle laissait derrière elle des barrières d’eau qui absorbaient les attaques envoyées par la carte du feu. Arrivée dans un endroit relativement désert, elle s’arrêta pour lui faire face. Firey prit alors la forme d’un élémentaire de feu. Les deux adversaires se regardèrent, évaluant leur pouvoir respectif.

C’est Sakura qui passa la première à l’attaque, envoyant un torrent d’eau sur l’élémentaire. Son attaque n’avait rien à voir avec la petite pluie de tout à l’heure, son intensité était bien plus forte. Firey envoya à son tour une attaque de feu vers Sakura. Les deux flux de magies se percutèrent à mi-chemin, et s’évanouirent dans un nuage de vapeur d’eau. Puis, c’est l’élémentaire lui-même qui fonça vers Sakura. Elle ne bougea pas d’un centimètre, se contentant de former un bouclier d’eau sphérique tout autour d’elle, comme celui qu’elle avait fait quelques minutes plus tôt. L’élémentaire tentait de mettre des coups de poing à Sakura, mais à chaque impact avec le bouclier, ils s’évanouissaient, réduits à néant par la protection formée par l’eau. Néanmoins, il n’abandonnait pas, continuant à marteler ses coups, même s’il n’y avait pour le moment eu aucune prise d’avantage. Concentré sur ses attaques, il ne voyait pas ce que Sakura était en train de préparer. De fins filets d’eau, quasiment invisibles, étaient en train de doucement sortir du bouclier et se dirigeaient sur lui, lentement mais sûrement. Une fois qu’il y en eut suffisamment, le bouclier qui protégeait Sakura se dissipa pour se reformer quasiment instantanément autour de l’élémentaire. Il était pris au piège.

Le sceptre dans la main gauche, Sakura essayait de refermer la droite comme si elle voulait replier le bouclier sur lui-même. Et ça semblait marcher. La prison aqueuse se compressait petit à petit, avant d’atteindre une limite que Sakura n’arrivait pas à dépasser. La puissance du feu et de l’eau étaient équivalentes.

Kéro, qui venait d’arriver, ne comprenait pas à quoi il était en train d’assister. Les cartes de Clow, bien que très puissantes, n’étaient pas censées déployer une force offensive telle que celle-ci. Dans ses souvenirs, Firey n’avait pas cette apparence. Il n’y avait pas pensé plus tôt, mais c’était la même chose pour Watery et Windy, quand il avait combattu aux côtés de Kaho sur le pont du bateau de croisière. Et enfin, il n’avait jamais vu Sakura comme ça. Elle aussi n’était pas censée disposer d’une si grande puissance. Il se devait tout de même de l’encourager dans son combat.

– Vas-y, Sakura, tu vas l’avoir.

Comme tout à l’heure, elle ne répondait pas.

La main droite toujours serrée en direction de Firey, elle leva son sceptre vers le ciel.

– Windy ! dit-elle calmement.

– Non Sakura, le vent attise le feu !

Windy se mit à briller, tout comme Fly peu de temps avant. Du vent jaillissait de l’extrémité de son sceptre et tourbillonnait maintenant autour de l’élémentaire. Une seconde sphère, cette fois-ci de vent, s’était formée, englobant celle d’eau.

D’un bref mouvement de la main droite, Sakura fusionna les deux boucliers. La puissance cumulée des deux magies avait renforcé leur pouvoir. L’étau se resserrait autour de l’élémentaire, qui finit par prendre la forme d’une simple flamme.

– Carte de Clow, reprend ta forme originelle, je te l’ordonne !

Le pouvoir de l’étoile

Le feu se dissipa totalement et vint se loger dans la main de Sakura sous la forme de la carte du feu. Au même moment, c’est Kéro qui fut à son tour englobé d’une vive lumière. Ses ailes s’agrandirent et se renfermèrent sur lui. Lorsqu’elles se rouvrirent, ce n’était plus un petit ours en peluche, mais un grand lion au pelage doré.

– Kéro, c’est toi ? lui demanda Sakura.

– Hé oui, c’est bien moi. Je te l’avais dit au tout début, le soleil est mon élément. En capturant la carte du feu, tu m’as permis de récupérer mes pouvoirs et ma forme originelle.

– Tu es… plutôt impressionnant sous cette forme.

– Je t’avais prévenu. Mais dis-moi plutôt, tout va bien ?

– Pas vraiment non. J’ai réussi à capturer une carte, mais ma maison est détruite.

– Désolé Sakura, mais ce n’est pas de ça que je voulais parler. Ton combat contre Firey, comment as-tu fait ?

– J’ai combiné l’eau et le vent, comme sur le bateau, pour avoir une puissance encore plus forte.

– Oui, j’ai bien compris. Mais comment as-tu fait pour déployer une force comme celle-ci ? La manière dont tu as utilisé les cartes, je n’ai jamais vu ça. Tu étais dans un état second, tu ne faisais qu’une avec les cartes, tu n’as pas faibli un instant, c’était incroyable.

– Et bien, je ne sais pas trop.

Alors qu’ils étaient en train de discuter, Sakura redescendit doucement pour se poser sur le sol, suivi par Kéro. Les ailes qu’elle avait dans le dos s’effacèrent, et son sceptre reprit son apparence de pendentif en forme de bec d’oiseau.

– Ton sceptre Sakura, il avait changé de forme, ce n’était pas le même que d’habitude. C’est arrivé au moment où j’étais en direction pour aller chercher Kaho.

– Ah oui, c’est vrai. En fait, c’était étrange. Je pensais que tout était perdu, le feu gagnait à nouveau en intensité, et c’est là que j’ai senti comme une présence derrière moi, quelqu’un qui posait ses mains sur mon sceptre, et qui murmurait à mon oreille.

– Quelqu’un qui… Mais quand je suis revenu, il n’y avait personne, Sakura.

– Oui, je sais, c’est pour ça que je te dis que c’était une présence.

– Une présence ça ne parle pas, qu’a-t-elle dit ? C’était un homme ? Une femme ?

– C’était un homme, il m’a dit : avec toi, Sakura, tout ira bien.

– Et c’est tout ?

– Oui, après ça j’ai repris confiance en moi, et j’ai transformé la carte de l’eau.

– Comment ça ? Tu as transformé une carte ?

– Oui, répondit-elle en lui tendant Watery.

La carte n’avait plus la même apparence qu’auparavant. Elle n’avait plus la couleur un peu rouge des cartes de Clow, mais elle était rose. Le cercle magique de Clow avait disparu et laissait maintenant place à un autre que Kéro ne connaissait pas, avec une étoile en son centre.

– Et ensuite, j’ai fait pareil pour Fly et pour Windy.

– Mais… comment ? répondit Kéro qui en perdait ses mots.

– Alors franchement, je n’en ai aucune idée, j’ai juste su que je pouvais le faire et que ça me permettrait d’avoir plus de puissance. Je pensais justement que tu pourrais m’expliquer.

– Je suis aussi perdu que toi, Sakura. Je connais bien les cartes de Clow, je sais de quoi elles sont capables, mais là, c’est l’inconnu.

– Bon, rentrons à la maison pour voir les dégâts causés par Firey. Fais-toi discret, ce matin Azusa a failli te surprendre quand tu étais en train de jouer.

Plus de peur que de mal

Kéro reprit sa forme d’ourson et s’envola suffisamment haut pour suivre Sakura de loin, sans que personne ne le remarque. Dans le parc, ni Tomoyo ni Azusa n’étaient là, elles avaient probablement voulu rentrer pour voir ce qu’il s’était passé. Sakura retourna donc en direction de sa maison. Sur place, le feu était éteint, mais quelques pompiers étaient toujours présents. Ils discutaient avec Fujitaka qui entre temps était arrivé pour voir les dégâts. Azusa et Tomoyo étaient à côté de lui.

– Maman ! cria Azusa en voyant arriver sa mère.

Encore sous le choc de voir la maison détruite, elle pleurait. Sakura la prit dans ses bras pour la consoler.

– Tout va bien, Sakura ? lui demanda son amie. On t’attendait au parc.

– Ah oui, désolée. Je n’étais vraiment pas bien, j’avais l’esprit ailleurs et je me suis perdue en retournant vous voir. On a dû se croiser. Mais ça va mieux maintenant. Si ce n’est pas que la maison est…

– … partie en fumée, compléta son père en souriant, essayant de sauver les apparences.

– Comment va-t-on faire papa ? Nous n’avons nulle part où aller, nous avons perdu tous les souvenirs qui étaient dans cette maison.

– Tu sais Sakura, les plus beaux souvenirs sont ceux que nous portons dans notre cœur. Certains sont enfouis et ne demandent qu’à sortir. Mais nous n’avons pas tout perdu, ajouta-t-il en lui tendant un cadre photo.

– Mais, c’est le cadre avec la photo de maman. Il est intact, comment est-ce possible ?

– Aucune idée. C’est ce pompier qui me l’a rapporté tout à l’heure. Tout n’a pas complètement brûlé. La maison est détruite, mais voyons ça comme un nouveau départ. Il est temps pour toi d’avoir ta propre maison avec Azusa, et de commencer une nouvelle vie. Je ne te mets pas à la porte, je suis sûr qu’au fond de toi tu en as envie, et que tu restes ici car tu as peur de me blesser en partant à nouveau. Mais ne t’inquiète pas, je suis une grande personne, je saurai m’occuper de moi.

Pour toute réponse, Sakura se rapprocha de lui, et il la serra dans ses bras avec Azusa.

– Et en attendant, on ira dormir chez ton frère.

– Ou chez moi, tu sais que j’ai une grande maison.

– Merci Tomoyo, je sais qu’on a plein de gens sur qui on peut compter.

– Ca sert à ça les amis.

– Et la famille, dit Toya qui venait d’arriver.

– Grand frère, tu es venu. Regarde la maison, c’est tellement triste.

– Oui, je sais. Mais c’est le déclic qu’il te manquait pour arrêter d’embêter papa tous les jours.

– Idiot.

– Le déclic est un peu gros quand même, continua Fujitaka en riant.

Tous étaient très tristes d’avoir perdu la maison dans laquelle Toya et Sakura avaient grandi, mais ils essayaient tout de même de garder le moral.

– Par contre, il va y avoir un problème. Tous tes vêtements ont brûlé Sakura. Regarde comment tu es habillée, tu ne vas pas pouvoir aller travailler dans cette tenue !

– Idiot !

Sakura qui avait déposé Azusa dans les bras de son grand-père courrait derrière Toya pour le frapper.

Après quelques mots et formalités supplémentaires avec les pompiers, la famille s’éloigna ensuite pour rentrer chez eux.

Les pompiers étaient toujours dans les décombres en train de vérifier s’il restait des choses à sauver, ou s’ils trouvaient ce qui avait pu déclencher l’incendie.

– Regarde, il reste des livres ici, et des photos.

– Oui, tu as raison, c’est fou que tout n’ait pas brûlé.

– Ce ne sont pas des livres, c’est écrit à la main, on dirait des journaux intimes.

– Referme ça, comme le nom l’indique, c’est intime, on ira le leur rendre plus tard.

Avant de remettre le livre dans une boite, il prit une photo qui dépassait du journal. Elle représentait Sakura, qui devait probablement avoir entre 16 et 18 ans, assise sur une chaise de jardin, avec derrière un jeune homme, les mains posées sur ses épaules. Il retourna la photo, à l’arrière était écrit : « Sakura & Shaolan ».


[1] Respectivement super/génial et mignon.

[2] Je suis à peu près sûr moi aussi que c’est un manchot et pas un pingouin.

[3] En anglais, on dit emperor penguin, qui signifie manchot empereur en français. Penguin est souvent traduit à tort par pingouin. Probablement une erreur de traduction française.

[4] Boulette de riz entouré d’une feuille d’algue, omelette japonaise, poulet frit, crevette ou légumes frits.

[5] Bentos mignons représentants des personnages.


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