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Chapitre 9 : Sakura et le club d’athlétisme

Le club d’athlétisme

Fin aout, les vacances d’été étaient bientôt terminées, il ne restait que quelques jours avant la reprise des cours. Au japon pendant les vacances d’été, l’école n’est jamais vraiment fermée. Les élèves peuvent continuer à venir, non pas pour les cours, mais pour des activités culturelles et sportives.

C’est ainsi que Sakura s’était retrouvée à entrainer divers clubs de sport, mais en particulier, celui d’athlétisme.

Comme chaque année à Tomoeda, la fin des vacances d’été était ponctuée par une compétition d’athlétisme qui voyait s’affronter les élèves des écoles de la région. Cela faisait trois ans que Tomoeda arrivait en seconde position, Sakura était déterminée à changer ça, et à faire remporter la victoire à son école. Pour ça, elle avait sélectionné et entrainé un petit groupe d’élèves chargé de représenter l’école. En plus de son rôle d’entraineuse, elle allait elle-même participer à la compétition qui rassemblait les professeurs. Et dans celle-ci aussi, elle visait la première place.

– OK, l’entrainement est fini pour aujourd’hui. Vous le savez tous, la compétition est dans une semaine. Jusque là, je vous laisse tranquille. Vous avez tous bien bossé, profitez de cette semaine pour faire ce que vous voulez. Je serais là tous les jours. Donc si vous voulez venir vous entrainer avec moi, vous êtes les bienvenus, si vous voulez passer du bon temps pour souffler avant les épreuves, vous le pouvez aussi. Ca ne sert à rien de trop stresser votre corps avec des entrainements interminables. En tout cas, je dois vous féliciter, vous avez tous fait de gros progrès en cinq mois. Bravo.

– Merci mademoiselle Kinomoto, répondirent en chœur les élèves.

– Et franchement, pour certains, c’était vraiment pas gagné.

– C’est de moi que vous parlez professeure ? demanda un élève.

– Ecoute Nobuki, je ne vise personne, mais puisque tu te sens visé… je te laisse tirer tes propres conclusions.

– Oui andouille, elle parle de toi, répondit Satsuki. La première fois que tu as lancé un poids, tu as failli tuer quelqu’un. Heureusement qu’on ne fait pas de lancer de javelot, ça aurait été dramatique.

– Tu peux parler madame « j’ai un point de côté au bout de cent mètres ».

– J’étais MALADE, je te rappelle, en temps normal je cours bien mieux que ça.

– Courir plus de cent mètres, c’est pas compliqué…

– Bon, les amoureux, c’est fini ? les interrompit Gôsuke.

– Oui senpai [1]!

– Eh, tu as vu Gôsuke, ils confirment qu’ils sont bien en couple, rigola Yukiko.

– Mais euh non, c’est pas ce que je voulais dire, on n’est pas ensemble. Dis-lui toi, Nobu.

– Moi ? Avec cette moche ? Jamais de la vie !

– Et c’est exactement de ce que dirait un couple qui ne veut pas dire la vérité, insista Nanami.

– Et franchement, continua Ryûsuke, qui ici appelle Nobuki par son diminutif « Nobu » ? A part Satsuki évidemment. Même moi qui suis dans la même classe que lui depuis longtemps je ne l’appelle pas comme ça.

– T’as raison mon petit Ryû, si elle l’appelle par un diminutif c’est forcément qu’elle est amoureuse de lui, lui répondit Masao en lui faisant un clin d’œil.

– Arrête Masao, je t’ai déjà dit que je ne suis pas de ce bord-là.

– Je suis un grand optimiste, je garde l’espoir qu’un jour tu ouvres les yeux.

Sur le côté du groupe, Hikari rigolait discrètement. C’était sa première année au lycée, et c’était la seule première année du groupe d’athlétisme. Un peu timide, elle n’osait pas s’imposer face à ses camarades plus âgés. Même si c’était la plus jeune, Sakura était persuadée d’avoir fait le bon choix en la sélectionnant pour l’équipe d’athlétisme. Sa spécialité était le saut, en hauteur comme en longueur, elle était un vrai atout pour l’équipe.

Gôsuke et Yukiko étaient les plus âgés du groupe, c’était leur dernière année au lycée. L’année dernière, ils étaient déjà dans le club d’athlétisme. Et désormais, en tant qu’ainés, c’étaient les moteurs du groupe, sans oublier leurs performances sportives.

La spécialité de Gôsuke était la course. Le sprint, mais surtout l’endurance, c’était le champion dans cette catégorie. Il avait déjà participé avec plusieurs semi-marathons et avait obtenu de bons classements.

Yukiko aimait aussi la course, mais plutôt le sprint. Le sprint classique ou avec des haies. Ainsi que le saut en hauteur. Elle avait même dit : « Le saut en hauteur, c’est un peu comme sauter par-dessus les haies, avec des haies un peu plus hautes ».

Les cinq autres élèves formant le groupe étaient des deuxièmes années.

Nobuki et Satsuki, qu’ils soient en couple ou non, pratiquaient tous les deux le lancer de poids ainsi que la course. Mais évidemment, avec un point de côté au bout de cent mètres, il était plus raisonnable pour Satsuki de se diriger vers le sprint et les haies, alors que pour Nobuki c’était l’endurance.

Nanami faisait exclusivement de la course, tous types de courses.

Ryûsuke était un cas à part, ni bon, ni mauvais. Certains auraient pu dire qu’il était là par un concours de circonstances, mais la vérité c’est qu’il était surtout là pour dépanner, pour combler les trous, dans les disciplines qui manquaient de monde. C’était vraiment compliqué de dire quelle était sa spécialité.

Et enfin, Masao, un vrai athlète, il était bon partout. Sakura avait même parfois des complexes, de voir un lycéen la surpasser dans tant de disciplines.

– Les enfants, il est temps pour moi de rentrer, je vous laisse pour aujourd’hui. Amusez-vous bien.

– Au revoir professeure.

Avant de rentrer chez elle, Sakura fit un détour par la salle des professeurs pour voir si des collègues étaient là, c’était son petit rituel de fin de journée. Mais en pleines vacances d’été, il n’y avait souvent personne, seulement ceux qui, comme elle, avaient décidé de s’occuper d’un club pendant les vacances. Et effectivement, il n’y avait personne. Elle s’assit quelques minutes dans un fauteuil, se remémorant les premières semaines en tant que professeure au lycée et sa rencontre avec ce qui allait devenir le club d’athlétisme.

L’entraînement de Sakura

– Alors c’est ça que vous appelez de l’athlétisme ? Un tour de stade et vous êtes déjà essoufflés ? Nan mais qui m’a donné une bande de nuls comme ça ? On me fait une blague, on m’a donné les plus mauvais, on veut que je quitte mon job de désespoir ? Alors moi je vais vous apprendre, mais avant, vous me refaites deux tours de stade ! Ce n’est rien, ça ne fait que 800 mètres. Et plus vite que ça, allez, on se bouge, allez, allez, allez ! Ce n’est pas comme ça qu’on va remporter la victoire. Il pleut ? Et alors, je ne veux pas le savoir, bougez-vous bande de larves. Et Nobuki, arrête de mater les fesses de Satsuki. Si au moins ça pouvait te motiver à courir plus vite, pourquoi pas, mais là ce n’est pas le cas, Satsuki n’arrive même pas à courir plus de cent mètres ! Et pensez bien à lever les pieds, touchez les fesses avec vos talons. Tes propres fesses Nobuki, pas celles de Satsuki, et avec tes talons, pas tes mains !! Mais Satsuki, frappe-le s’il t’embête, tu n’es pas un objet ! J’ai trois mois pour faire de vous des machines de guerre, et là j’ai des… des… grosses limaces !

Silence. Personne ne parlait.

– Alors, vous en pensez quoi ? demanda Sakura.

– C’est absolument génial ma petite Sakura, tout à fait terrifiante, répondit Tomoyo.

– Tu ne crois pas que tu en fais un peu trop Sakura ? demanda Kéro. Tu penses vraiment que ça va les motiver ?

Sakura se tenait debout devant l’écran de la salle de cinéma privée de Tomoyo. Devant elle, sa meilleure amie était assise ainsi que Kéro. Elle répétait une sorte de discours de motivation à l’attention de ses élèves.

– C’est peut-être un peu trop direct ? Trop méchant ?

– Le mot est faible, j’aurais plutôt dit que tu étais en mode dictatrice.

– Mais j’ai peur qu’ils ne m’écoutent pas si je suis trop gentille avec eux.

– Tu devrais plutôt avoir peur de les faire fuir, continua Kéro.

– Et vous les filles, vous en pensez quoi ? demanda Tomoyo.

Sakura se retourna pour faire face à l’écran qui affichait Chiharu, Rika et Naoko. N’habitant plus à Tomoeda, elles n’avaient pas pu venir sur place. Mais Sakura ayant insisté pour avoir leur avis, Tomoyo avait monté une visioconférence. Et sur un grand écran « ça rend encore mieux », avait-elle dit. Mais le vrai problème, c’était Kéro qui avait insisté pour venir. Tomoyo était évidemment au courant de son existence, mais ce n’était pas les cas des autres filles. Elle avait donc installé un système alliant réalité augmentée et intelligence artificielle, qui remplaçait à la volée la présence de Kéro par l’image de Kensuke, le collègue de travail de Sakura et Tomoyo. Les trois amies à distance ne voyaient donc pas Kéro, mais un Kensuke plus vrai que nature.

– Yoshiyuki me dit que tu pourrais avoir des problèmes avec la direction de l’école si tu leur parles comme ça.

– C’est qui Yoshiyuki ? demanda Sakura.

– C’est Terada-senpai, lui répondit Tomoyo.

– OK, je ne connaissais même pas son prénom, et jamais je ne me permettrais de l’appeler comme ça ! Mais j’ai compris, merci Rika.

– Je pense que tu devrais aller plus loin encore, du genre les menacer d’aller dévorer leur âme la nuit s’ils ne font pas ce que tu dis. Ou leur arracher les ongles. C’est pas mal ça, leur arracher les ongles, il faut que je le note, dit Naoko tout en prenant son carnet.

– Mais tu m’aides ou tu cherches des idées pour ton livre, Naoko ?

– Oui bien sûr Sakura, je t’aide. Mais euh… je crois que Chiharu veut dire un truc.

– Hein ? Je… euh…

– Elle passe sous un tunnel, la coupa Takashi qui venait d’apparaître sur l’écran.

– Mais tais-toi un peu, lui répondit Chiharu en le poussant hors de l’écran. Franchement Sakura, ça ne va pas du tout, soit naturelle, n’essaye pas de jouer le tyran. Kensuke a raison, si tu leur parles comme ça, tu vas les faire fuir. Cherche avant tout des volontaires. Il vaut mieux un petit groupe qui en veut, plutôt qu’une armée que tu auras obligée à participer. Explique-leur la situation, ça fait longtemps que Tomoeda n’a pas gagné, il faut que ça change. Parle-leur de l’époque où tu étais au lycée, et des victoires que tu as apportées à l’école. Analyse leurs performances lors des cours, et demande aux meilleurs de te rejoindre. Va les chercher dans toutes les classes, il y a peut-être des petits nouveaux motivés, et des dernières années qui étaient déjà là l’année dernière sur qui tu peux compter.

– Oui, j’en connais deux qui devraient être motivés, intervint Terada qui passait devant la caméra. Je te les présenterai.

– Merci Terada-senpai. Il faut aussi un ou plusieurs élèves qui soient capables de courir le semi-marathon de Tomoeda.

– Aucun problème, l’un des deux l’a fait l’année dernière, avec un très bon classement. Je t’aiderai à trouver des volontaires Sakura. Suis les conseils de tes amies, sois naturelle, n’essaye pas de jouer l’entraineuse autoritaire, et surtout évite les menaces !

– Merci à tous, je vais faire ça. Je m’inquiète peut-être pour rien. Si ça se trouve, j’aurai même trop de volontaires.

La sélection

Sakura s’inquiétait peut-être un peu trop, mais une semaine plus tard, aucun volontaire ne s’était toujours proposé.

– Alors aujourd’hui on va faire de l’athlétisme. Mais avant de commencer, qu’est-ce que ça évoque pour vous ?

Avec cette question, Sakura voulait voir si dans la classe certains élèves étaient déjà familiarisés à cette discipline, et de cette manière trouver des candidats potentiels. Mais malheureusement…

– Un sport chiant, madame, répondit un élève.

Cette réponse déclencha un rire général chez les autres élèves qui, contrairement à Sakura, trouvaient cette blague très drôle.

– Très bien, dit-elle en levant les cinq doigts de sa main. Faites cinq tours de terrain. Maintenant. N’y voyez pas une punition consécutive à la blague de votre camarade Nobuki, mais plutôt une initiation à l’athlétisme.

Tout en râlant, les élèves se dirigèrent vers le terrain et commencèrent à courir. Sakura se plaça à l’intérieur du terrain pour leur parler.

– L’athlétisme est un regroupement de plusieurs disciplines, dont la course. Que ça soit du sprint ou de l’endurance. Pour ces cinq tours, je vous déconseille de sprinter, ça représente deux kilomètres. Mais franchement, ce n’est pas grand-chose en comparaison d’un marathon d’une distance de 42,195 km.

Au bout d’un tour, certains élèves commençaient déjà à fatiguer.

– Si vous le souhaitez, vous pouvez arrêter là, mais vous serez de corvée jusqu’à la fin du trimestre.

Evidemment, personne n’osa interrompre sa course. Etre assigné aux corvées tout un trimestre, c’était beaucoup trop. Toujours au centre du terrain, et suivant les élèves de loin, Sakura observait les comportements de chacun. Qui était en tête, qui était à l’arrière, ceux déjà essoufflés, ou au contraire ceux qui courraient sans ressentir de fatigue. Elle avait aussi observé que certains élèves avaient bien commencé la course, mais qu’au bout du deuxième tour ils commençaient à fatiguer. Ceux-là, c’étaient des sprinters, mais en aucun cas elle ne pouvait compter sur eux pour les courses d’endurance. Au fur et à mesure, elle prenait des notes sur son carnet.

Au bout du troisième tour, elle se joignit à eux pour se rapprocher des potentiels sélectionnés.

– Ceux qui sont vraiment fatigués, vous pouvez arrêter là. Je lève la corvée du trimestre, par contre vous serez de corvée pour aujourd’hui.

A ce moment, à peu près la moitié des élèves s’arrêtèrent, majoritairement ceux du peloton de fin. Malgré sa bonne performance du début de course, Satsuki abandonna aussi, elle n’était vraiment pas faite pour la course d’endurance. Sakura écrivait toujours dans son carnet, barrant des noms, mettant des commentaires à côté d’autres.

– Dernier tour ! Vous pouvez arrêter là, sans aucune corvée. Mais franchement, arrêter si près du but, c’est un peu la honte.

A la grande surprise de Sakura, c’est un élève du petit peloton de tête qui décida d’arrêter le premier, suivi que de quelques autres qui eux en revanche étaient plutôt vers la fin. A côté du nom de Ryûsuke, Sakura écrivit « bon, mais aucune volonté » et lui dit :

– Toi, la honte, ça ne te dérange visiblement pas, Ryûsuke ?

A l’inverse, Nobuki qui était à l’origine de la « blague » du début était encore en course et s’en sortait plutôt bien.

Le tour se termina, et Sakura entoura quelques noms.

– Bravo à tous ceux qui ont terminé. Ce n’est pas la peine de prendre la grosse tête, courir deux kilomètres c’est franchement rien, ajouta-t-elle à l’attention de Nobuki qui faisait le mariole, content d’avoir fini la course.

Elle continua ensuite les explications sur les différentes disciplines de l’athlétisme.

– La course est une grande partie de l’athlétisme, les autres sont le lancer et le saut. Chacune est divisée en plusieurs catégories, on retrouve le lancer de poids, javelot, disque et marteau. Et pour le saut, on a le saut en longueur, hauteur, à la perche et le triple saut. Pour des raisons évidentes liées au matériel et à l’aménagement, on ne pourra pas tout faire. Vous allez vous diviser en trois groupes, et tour à tour vous testerez le saut en longueur, le saut en hauteur et le lancer de poids.

Sakura leur fit une démonstration des trois disciplines, puis les groupes tournèrent pour tester chacune d’entre elles. Comme pour la course, elle prenait des notes dans son carnet pour identifier les élèves qui se détachaient.

A la fin du cours, elle savait qui elle voulait dans le club, mais préférait d’abord les laisser se proposer.

– Le cours est bientôt fini, mais avant ça je voulais faire un peu de publicité pour le club d’athlétisme. Je cherche des élèves intéressés pour en faire partie, l’objectif étant de participer à la compétition inter-lycée qui aura lieu à la fin des vacances d’été. Donc si vous êtes intéressés, n’hésitez pas à me le dire, ou à venir me voir à la fin. Moi en tout cas, à votre âge, j’en avais fait partie et c’était vraiment sympa, nous étions même arrivés premiers ! D’ailleurs, je vais à nouveau participer cette année, dans le groupe des professeurs. Bonne fin de journée à tous.

Aucune réponse, « Mince, ça ne marche pas, peut-être aurais-je dû les menacer ? » pensa Sakura. Alors que certains élèves commençaient à partir, une jeune fille leva la main.

– Moi, professeure, je suis intéressée.

– Ah ! Super Nanami, je note ton nom.

Son nom était déjà noté sur le carnet de Sakura depuis la course, elle avait en effet repéré Nanami dès le début, et espérait bien qu’elle se porte volontaire. Une première personne, c’est juste ce qu’il fallait. Le mimétisme, l’effet de groupe et la pression sociale feraient le reste. Une deuxième main se leva, « Encore une fille, les garçons n’ont pas l’air de vouloir se mouiller » pensa Sakura.

– Tu es la bienvenue au club Satsuki.

Sakura récrit son nom qu’elle avait barré lors de son abandon au troisième tour. « Après tout, pourquoi pas, elle avait fait un bon début de course », pensa-t-elle.

– Sérieusement les mecs, trois filles et aucun garçon. Vous avez peur de perdre face à nous ou vous êtes juste nul ? demanda Nanami sur un ton vindicatif.

Pour Sakura, cette intervention était parfaite, si les filles mettaient les garçons au défi, il y en aurait bien un ou deux qui se porteraient volontaires.

– Nobuki, tu ne veux pas venir ? lui demanda Satsuki.

– Allez OK, comptez-moi parmi les volontaires, professeure, finalement ce n’est pas si chiant que ça l’athlétisme.

– Très bien. C’est une surprise pour moi, je ne m’attendais pas à ce que tu te proposes, mais c’est vrai que tu t’en es bien sorti.

– C’est tout ? demanda Nanami. Personne ne part tant qu’on n’a pas au moins trois autres personnes.

– Ca ira, Nanami, la coupa Sakura un peu gênée. Vous pouvez partir. Mais bien évidemment, si vous changez d’avis, vous savez où me trouver. On n’a pas le droit de contraindre les élèves, ajouta-t-elle ensuite en chuchotant à l’intention de Nanami.

Trois personnes, c’était peu, Sakura aurait aimé en avoir plus, mais c’était un début.

– Merci à vous de vous être proposés. Si vous connaissez d’autres personnes, n’hésitez pas à mes les envoyer. Quand on aura recruté tout le monde, on fixera les jours et heures de rencontre du club pour les entrainements. Je vous souhaite une bonne fin de journée, et encore merci.

Une semaine plus tard, le groupe était au complet.

Comme promis, Terada lui avait présenté deux élèves de dernière année, Gôsuke et Yukiko, qui faisaient déjà partie du club d’athlétisme l’année dernière, et ils étaient plus motivés que jamais pour revenir cette année.

Nanami lui avait présenté un de ses amis, Masao, un deuxième année qui faisait partie d’une autre classe. Il était dans une autre école l’année dernière et avait obtenu de bons résultats sportifs. Quand elle lui avait parlé du club d’athlétisme, il avait tout de suite voulu s’inscrire, ce qui tombait bien, étant donné son niveau.

Un soir après l’école alors que Sakura courait sur le terrain de sport, elle vit Hikari, une élève de première année qui s’entrainait aussi. Assez timide et peu confiante en son niveau, elle n’avait pas voulu s’inscrire d’elle-même. Mais après avoir sympathisé avec Sakura, elle était revenue sur sa décision. Elle lui avait expliqué que son niveau était tout à fait correct pour une première année, et qu’elle était même dans le haut du panier, à en croire ses performances lors de son entrainement. En fait, elle avait juste besoin de quelqu’un pour croire en elle.

Et enfin, Ryûsuke qui avait cédé sous la pression de certains de ces camarades. Sakura n’était pas forcément convaincue de ses capacités sportives, mais c’était un élément fédérateur qui savait mettre la bonne ambiance dans l’équipe.

Confessions

Perdu dans ses pensées, Sakura n’avait pas vu le temps passer, il était l’heure de rentrer. En passant dans la cour, elle vit que Satsuki et Nobuki n’étaient pas encore partis. Alors qu’elle s’apprêtait à aller les voir, elle fit demi-tour au dernier moment. « Ils ont l’air un peu occupés, je vais les laisser », pensa-t-elle un peu gênée. Tout le monde savait qu’ils étaient ensemble, malgré tout ils continuaient à le cacher, et attendaient le soir que tout le monde soit parti pour passer du temps ensemble.

Sur le chemin du retour, elle fit un détour par le parc de l’empereur pingouin. Elle aimait bien passer par ici, ça lui rappelait des souvenirs de quand elle était toute petite. Quelqu’un était assis au bas du toboggan. En se rapprochant, Sakura vit que c’était Hikari, elle était pensive.

– Alors, tu traines un peu avant de rentrer Hikari ?

– Oh, c’est vous, professeure Kinomoto. Oui, j’aime bien passer par ici de temps en temps.

– Je comprends, je venais souvent avec mes amies quand j’étais petite.

Sakura se rendit compte qu’Hikari n’était pas pensive, elle semblait triste.

– Je voulais te dire que je suis très fière de toi, Hikari, tu avais déjà un bon niveau quand je t’ai proposé de rejoindre le club d’athlétisme, mais tu as encore progressé. Tu es une future championne !

– Merci, professeure, se contenta de répondre Hikari sans grand enthousiasme.

– Si quelque chose ne va pas, si tu as besoin de parler, si tu veux me confier des choses, n’hésite pas Hikari. Si tu préfères que je parte, je peux aussi.

– Dans ce cas, je te laisse, bonne soirée et à très bientôt, ajouta Sakura après une dizaine de secondes de silence.

– Attendez, professeure. J’ai… j’aimerais bien parler.

– Dis-moi tout, qu’est-ce qui ne va pas ?

– C’est compliqué à expliquer, je ne sais pas vraiment comment en parler.

– Tu sais, ajouta Sakura en riant, j’ai tellement de choses compliquées dans ma vie, je peux essayer de t’aider. Commence par le début.

– Je me sens… différente des autres. Quand je vois mes camarades des classes, et le groupe d’athlétisme, je sens que je suis différente d’eux, et parfois, je les envie un peu, tout semble si simple pour eux. Alors que moi… ma vie n’est pas des plus simples.

– L’adolescence n’est pas une des phases les plus simples de la vie.

– Arrêtez avec vos banalités ! s’énerva Hikari. Vous ne savez pas de quoi vous parlez. Ce n’est pas l’adolescence, je n’ai pas eu ce privilège de faire une crise d’adolescence.

– Je ne peux pas t’aider si tu ne me dis pas tout ce que tu as sur le cœur.

– Quand j’étais au collègue, j’ai vite compris que je n’étais pas comme les autres filles. Alors qu’elles discutaient des garçons de la classe, moi j’étais amoureuse de Reiko, une fille, j’avais l’impression de ne pas être normale. Malgré tout, j’avais des amies compréhensives, elles m’ont encouragé à aller lui parler, et quand Reiko m’a dit que mes sentiments étaient réciproques, c’était le plus beau jour de ma vie. On a commencé à sortir ensemble, je n’avais jamais ressenti cette joie. Et un jour, mes parents l’ont appris, ma mère m’a dit qu’elle ne me considérait plus comme sa fille. Mon père m’a dit qu’il m’aimait quoi qu’il arrive, il m’a soutenu, et c’est grâce à lui que j’ai compris que j’étais normale, et que c’est ma mère qui ne l’était pas. Ils se disputaient souvent à ce sujet, il m’a toujours défendu. Mais un jour, il est tombé gravement malade. Il est mort lors de ma dernière année de collège. Vivre avec ma mère fut une souffrance, je n’avais pas le droit de sortir, je ne pouvais plus voir Reiko et nous avons rompu à cause de ça. Ma mère contrôlait tout ce que je faisais. Quand j’ai fini mon année, elle m’a mis à la porte, elle ne voulait plus entendre parler de moi. C’est pour ça que je suis ici, à Tomoeda, je vis maintenant chez la sœur de mon père. Elle s’occupe bien de moi, elle sait que j’aime les filles, et elle m’accepte comme je suis. Mais avoir perdu mon père, et avoir été rejeté par ma mère, c’est une souffrance que jamais je ne pourrais mettre de côté.

– Je… je suis désolée Hikari. Jamais je n’aurais pu imaginer ça. Je sais que c’est difficile, mais tu dois aller de l’avant, ne plus penser à ta mère, et…

– Vous ne savez pas, la coupa Hikari, furieuse. C’est sûrement facile pour vous. Des week-ends à la campagne, des vacances à Okinawa avec votre famille, et aussi…

– Je t’interdis de me parler comme ça Hikari, la coupa à son tour Sakura. Tu dis que je ne sais pas ce que tu vis, mais toi non plus tu n’as aucune idée de ce par quoi je suis passée. Je comprends ce que c’est de perdre un proche, ma mère est morte quand j’avais trois ans, je ne l’ai quasiment jamais connue… Ton père est parti beaucoup trop tôt, mais tu as eu la chance de l’avoir avec toi pendant une quinzaine d’années. Je ne me souviens de ma mère qu’à travers les photos que j’ai d’elle. Au lycée, quand j’avais ton âge, j’ai rencontré un garçon, il m’a quitté et est parti sans rien dire. Ca fait tellement longtemps que je ne sais même plus ni comment il s’appelle ni à quoi il ressemble, pourtant j’en ressens encore la peine. La meilleure chose que j’ai trouvé à faire, c’est de partir à l’étranger pour l’oublier. Là-bas, je suis tombée enceinte. Ma fille n’a jamais connu son père, car moi-même, je ne sais pas qui est son père. Je ne suis pas en train de dire que je suis une trainée qui a couché avec toute la promo. Je n’ai juste aucun souvenir d’avoir eu une relation là-bas. A vrai dire, je ne sais même pas comment j’ai pu tomber enceinte. J’ai tellement honte de moi que quand ma fille me demande pourquoi elle n’a pas de père, je lui dis qu’il est parti car il n’était pas prêt à avoir un enfant. Tu es la première personne à qui je raconte ça. Je ne l’ai même pas dit à ma meilleure amie. Ma famille évite la question car ils ont peur de me mettre mal à l’aise. Quelques fois, je me demande si j’ai bien fait de revenir, et revoir les lieux de cette ville me rend triste. Si tu n’avais pas été ici, c’est peut-être moi qui aurais pris ta place sur ce toboggan et serait en train de pleurer. Et je ne sais pas comment l’expliquer, mais au fond de moi je sais qu’il y a quelque chose qui cloche. J’ai l’impression d’avoir oublié des événements du passé, et plus j’essaye de m’en souvenir, moins je m’en souviens. Ma psychologue m’a dit que c’est un mécanisme d’autodéfense, que je les ai inconsciemment oubliés pour ne pas souffrir. Mais je souffre tellement de ne pas m’en souvenir… Aussi douloureux soit-il, tu te souviens de ton passé, moi j’essaye de recoller les morceaux. Donc quand je te dis que je te comprends, que c’est difficile et que tu dois aller de l’avant, je sais de quoi je parle. Tous les jours, je vais de l’avant.

Hikari était silencieuse, elle n’imaginait pas que sa professeure puisse être aussi brisée qu’elle.

– Comment faites-vous… pour aller de l’avant ? lui demanda-t-elle.

– Je pense à toutes les bonnes choses que la vie a à m’offrir : ma fille en premier lieu, le bonheur de revoir ma famille, mes amis, le fait d’avoir pu créer une super équipe pour le concours d’athlétisme, ce qu’on va accomplir ensemble. Ne pense plus à ce que la vie t’a pris, mais pense à tout ce qu’elle peut encore t’apporter. Tu es une future championne, je peux te l’assurer, tu vas remporter l’inter-lycée. Et tu es très jolie, tu trouveras une copine qui te rendra heureuse. Mais… oublie Satsuki, elle est déjà prise.

– Mais, comment savez-vous ça ?

– Au début, je pensais que tu étais attirée par Nobuki, mais en fait non, maintenant c’est évident que c’était Satsuki.

Hikari souriait enfin. Même s’il lui restait encore un long chemin à parcourir, c’était un soulagement d’avoir pu raconter tout ça à quelqu’un. Ce sentiment était partagé par Sakura qui avait pu confier tout ce qu’elle avait sur le cœur.

– Merci professeure, dit-elle en se levant.

Sakura la prit dans ses bras.

– Merci à toi, Hikari, d’avoir partagé ton histoire, et d’avoir écouté la mienne. Je serai toujours là pour t’écouter. Allez, viens, on rentre, je te raccompagne chez toi.

Après cette longue discussion, Sakura et Hikari sortirent du parc de l’empereur pingouin toutes les deux. Le retour fut rapide, Hikari n’habitait pas très loin. Arrivée devant chez elle, sa tante était sur le pas de la porte, elle avait l’air de s’inquiéter pour sa nièce qui avait du retard. Pour éviter tout problème, Sakura se présenta et prétexta un entrainement qui s’était prolongé au lycée, en n’oubliant pas de féliciter une fois de plus les prouesses de son élève. Elle ne voulait pas mettre Hikari mal à l’aise, c’était à elle de décider ce qu’elle voulait dire à sa tante.

Une fois rentrée chez elle, elle dut faire face à Azusa, mécontente que sa mère ne rentre que maintenant. Sans rentrer dans les détails, elle lui expliqua qu’elle avait aidé une de ses élèves qui était « un peu triste aujourd’hui ». Elle se fit pardonner en lui lisant une histoire avant de s’endormir.

En sortant de la chambre, elle croisa son père qu’elle sera dans ses bras en lui disant « Merci d’être là pour moi ».

Une adversaire hors du commun

Il ne restait plus que trois jours avant la compétition d’athlétisme. Cet après-midi, Sakura avait eu l’occasion de s’entrainer avec Masao et Hikari, qui était définitivement plus décontractée depuis sa discussion avec Sakura. Elle avait vu les autres les jours précédents, à part Ryûsuke toujours aux abonnés absents.

Elle était rentrée tôt pour passer du bon temps avec Azusa, et avaient toutes les deux préparé à manger pour que Fujitaka n’ait rien à faire en revenant du travail. Elles en avaient même préparé un peu plus pour qu’il ait un bento le lendemain.

Après le repas, Sakura avait mis sa fille au lit, et était prête pour jouer les prolongations sur l’entrainement. Elle comptait participer au semi-marathon de Tomoeda qui clôturait la compétition. Elle devait se préparer.

Elle écoutait de la musique tout en courant, une playlist avec un mélange de j-pop et de musiques françaises qu’elle avait pu découvrir lorsqu’elle vivait à Paris. Alors qu’elle s’approchait de l’école, elle vit que les lumières qui éclairaient le terrain de sport étaient allumées. « Mais, il ne devrait y avoir personne à cette heure, quelqu’un a oublié d’éteindre ? » se demanda-t-elle. Le portail était fermé, elle supposa donc que quelqu’un était parti en laissant les lumières allumées. Puisqu’elle avait la clé de l’école, elle décida d’entrer pour les éteindre.

Au moment où elle repartait du terrain de sport, les lumières qu’elle venait d’éteindre se rallumèrent.

– Bon, si c’est une blague ce n’est pas drôle.

Sakura fit demi-tour pour les éteindre à nouveau, et senti comme un coup de vent qui passait à côté d’elle juste avant qu’elles ne se rallument.

Elle pensa alors à toutes les histoires de fantômes qu’avait pu lui raconter Naoko pour l’effrayer. « Non, ce n’est pas un fantôme, je n’ai pas peur, ce n’est pas un fantôme », se dit-elle pour se rassurer. Au second coup de vent, elle se mit à courir dans la direction opposée à la sortie, en cirant « Aaaaaaah, laissez-moi tranquille ! ».

Alors qu’elle courait de toutes ses forces elle sentit une présence derrière elle, qui était peu à peu en train de la rattraper. Ce n’était pas le vent comme tout à l’heure, mais une sensation qu’elle connaissait bien maintenant : une carte de Clow. Elle s’arrêta et sentit cette présence la dépasser pour s’arrêter quelques mètres devant elle. Elle ne voyait rien, mais elle était sûre d’elle, ça ne pouvait être qu’une carte de Clow.

– Qui es-tu ? demanda-t-elle.

Evidemment, la carte ne lui répondit pas. Toujours sans la voir, elle la sentit bouger tout autour d’elle. Puis, elle se dirigea vers la piste de saut en longueur où elle fit un saut prodigieux. Evidemment, Sakura ne pouvait voir la carte réaliser ce saut, mais vit très clairement les marques formées dans le sable à l’atterrissage de la carte. La carte se rapprocha ensuite de Sakura, puis retourna faire un saut, avant de se repositionner à nouveau juste devant elle.

– Tu veux… jouer avec moi ? lui demanda Sakura.

La carte lui tourna une fois de plus autour et refit un nouveau saut en longueur, suivi de peu par Sakura qui lui dit :

– Ahah, tu as gagné, tu es bien meilleure que moi.

Elle se dirigea ensuite vers la piste du saut en hauteur.

– Hé, ce n’est pas du jeu, je ne te vois pas, comment vais-je savoir si tu réussis le saut ?

C’est alors que la carte commença à prendre une forme humaine, ou plutôt une apparence holographique qui avait les traits d’une petite fille.

– C’est beaucoup mieux comme ça, merci. Maintenant, montre-moi ce que tu sais faire.

Sans prendre beaucoup d’élan, la carte sauta par-dessus la barre.

– Pas mal, mais la barre n’est pas très haute, il doit y avoir 1m50 là.

A son tour, Sakura courut vers la barre, et sauta par-dessus sans trop de problèmes.

Elle la remonta d’une dizaine de centimètres, ce qui ne semblait pas perturber son adversaire. Sans élan ni effort, elle venait non seulement de passer la barre, mais en plus avec une énorme marge.

– OK, lui dit Sakura, je m’avoue vaincue, tu as gagné. Je pense que tu viens de battre le record du monde. J’aimerais avoir ta détente ! Avec toi dans l’équipe, on gagnerait haut la main.

La petite fille se dirigea alors vers Sakura puis rentra à l’intérieur d’elle. C’était comme dans les histoires de Naoko, quand un esprit prenait possession d’une personne, Sakura ne contrôlait plus son corps, c’est la carte qui la faisait se déplacer.

– Mais qu’est-ce qui se passe ? Arrête ça tout de suite !

Sakura se dirigea alors vers la piste de saut en longueur, et exécuta un saut, comme jamais elle n’en avait fait auparavant. Elle fit ensuite de même avec le saut en hauteur et le saut de haies. Les bonds étaient tellement puissants qu’elle arrivait à sauter plusieurs haies en une seule fois.

– Merci pour ce petit tour, c’était marrant, mais maintenant il faut arrêter. Et c’est impossible que j’utilise ton pouvoir pour la compétition, ça serait déloyal envers les autres participants.

Docile, la carte cessa de contrôler Sakura, puis sortit pour reprendre sa forme de petite fille.

– Maintenant, il est temps. Tu dois comprendre que tu ne peux pas rester ici, c’est trop dangereux. Clé du sceau sacré, je te somme d’apparaître. Moi, Sakura, chasseuse de cartes, je te l’ordonne, libère ta puissance !

Son pendentif changé en sceptre, elle continua avec la seconde incantation.

– Carte de Clow, reprend ta forme originelle, je te l’ordonne !

A peine Sakura avait-elle fini de réciter l’incantation, la petite fille fonça vers elle, non pas pour la contrôler comme précédemment, mais pour la bousculer violemment, puis partit à l’autre bout du terrain.

Elle courut la rejoindre de l’autre côté pour tenter à nouveau de la capturer. Mais dès qu’elle leva son sceptre, la carte s’échappa à nouveau, et Sakura repartit à sa poursuite. Arrêtée à côté de la piste de saut en longueur, la carte écrivit dans le sable : « catch me ». Sakura s’élança alors vers elle pour répondre à son défi.

Chaque fois qu’elle s’approchait d’elle, la petite fille repartait de plus belle et recreusait l’écart. Elle l’entraina dans une suite d’épreuves de saut en hauteur, longueur, haies, et Sakura commençait vraiment à fatiguer, mais admit que « c’est plutôt un bon entrainement ». Finalement, la carte enfonça le coup de grâce en sautant sur toit de l’école.

– Mais là, c’est vraiment de la triche ! s’écria Sakura depuis le terrain d’athlétisme. Comment veux-tu que je monte jusque là ? Mais je ne m’avoue pas vaincue. Cartes de Clow, par notre lien, venez à moi !

Après quelques minutes, les cartes atterrirent dans la main de Sakura. Cette incantation était bien pratique, mais il fallait évidemment leur laisser le temps d’arriver depuis l’endroit où elles se trouvaient.

– Carte créée par Clow, confère-moi tes pouvoirs, moi Sakura, je te l’ordonne, cria-t-elle en jetant Fly dans les airs.

Deux ailes poussèrent alors sur son sceptre qu’elle enfourcha. Elle se lança alors à la poursuite de la fillette perchée sur le toit, mais elle était rapide et s’éloigna davantage. Elle sautait de toit en toit, de maison en maison, et s’éloignait du lycée, toujours suivie de près par Sakura. Heureusement, la ville était déserte, tout le monde était probablement couché, personne ne les verrait. Malgré sa maitrise du vol, elle n’arrivait pas à la rattraper. Une idée lui vint à l’esprit.

Sakura s’arrêta sur un toit, à bonne distance de sa rivale pour ne pas la faire fuir. Elle lança Wood devant elle et récita à nouveau son incantation pour libérer son pouvoir. Elle projeta des lianes vers elle, elle avait l’intention de l’immobiliser ainsi. Malheureusement, ce fut sans succès, cette nouvelle carte était beaucoup trop agile pour se laisser attraper. Mais Sakura ne s’avouait pas vaincue.

Elle invoqua Windy, une carte d’ordinaire plutôt pacifique.

– Je compte sur toi, transforme-toi en tempête et aide-moi à rattraper cette petite fille en face.

Windy tourna alors autour de Sakura et l’emporta dans les airs comme si elle utilisait Fly, mais sans son sceptre. Toutes deux foncèrent vers leur cible, mais la carte les esquiva au dernier moment en sautant vers un autre endroit. Sakura en était maintenant persuadée, il ne pouvait s’agir que de Jump, chacun de ses sauts était de plus en plus puissant, mais la course-poursuite continuait malgré tout.

– Windy, reste avec moi encore un peu s’il te plait, je vais appeler une de tes amies.

Sakura invoqua à nouveau Fly, et remonta sur son sceptre. Elle comptait sur la vitesse de Fly additionnée à la force du vent engendré par Windy, pour rattraper Jump. Elle fonça vers elle à une vitesse impressionnante, elle tendit la main en avant, elle avait l’impression d’être Harry Potter, essayant d’attraper le vif d’or lors d’un match de quidditch. Mais Jump réagit au quart de tour et repartit de plus belle. Sakura, toujours la main vers l’avant, réduisait l’écart. Alors qu’elle s’apprêtait à l’attraper, Jump tourna la tête vers elle, lui sourit, et ruina définitivement les espoirs de Sakura. Elle s’arrêta net pour faire un virage, ou plutôt un bond, à 180 degrés, et prenant Sakura à contre-pied pour repartir dans la direction d’où elle venait.

Le temps que Sakura s’arrête et fasse demi-tour, Jump avait disparue. Aucun signe d’elle à l’horizon.

– Woé, mais c’est pas possible ! Je l’avais à portée de main, j’ai failli l’avoir, comment je vais faire maintenant ?

Sakura retourna à terre pour réfléchir quelques minutes, Windy retourna à l’intérieur de la carte. Elle prit une grande inspiration et se concentra.

– Je t’ai trouvé !

Remontant sur son sceptre, elle fila en direction de l’école. Quelques minutes plus tard, elle trouva Jump, toujours sous sa forme de petite fille, assise par terre au centre du terrain de sport.

– Eh bien, tu m’en fais voir de toutes les couleurs toi, mais je n’abandonne jamais.

– J’ai bien joué, merci beaucoup, lui répondit Jump en lui tendant les mains.

– Quoi ? Mais tu parles ?

– Je suis prête, tu peux me capturer maintenant, je me suis bien amusée, et j’ai pu voir l’étendue de ton pouvoir. Tu as fait preuve d’une grande ingéniosité et détermination, tu es digne de devenir ma nouvelle maitresse.

Sakura n’en revenait pas. Après avoir bataillé pendant tout ce temps, Jump abandonnait et se laissait capturer.

– Contente que notre course poursuite t’ait plu ! Et merci de me laisser te capturer, je ne sais pas si j’aurais pu y arriver.

– Probablement pas, répondit la carte.

– Ahah, on peut dire que tu es directe et franche.

Fly reprit sa forme de carte, et Sakura commença l’incantation « Carte de Clow, reprend ta forme originelle, je te l’ordonne ! ». Les traits enfantins de Jump s’effacèrent peu à peu pour se matérialiser sous la forme d’une carte de Clow.

Contente d’avoir capturé une nouvelle carte, Sakura n’en oubliait cependant pas sa mission de départ, éteindre la lumière du terrain de sport. Telle les frères Weasley refermant la carte du maraudeur, elle dit « Méfaits accomplis » une fois l’obscurité revenue. Mais en se dirigeant vers la sortie de l’école, ce n’est pas Rusard qu’elle vit.

– Hikari… Mais qu’est-ce que tu fais ici ? Tu es là depuis longtemps ?

La compétition commence

Le jour de la compétition était arrivé, toute l’équipe était prête, tout le monde ou presque s’était entrainé très dur. Malgré sa désinvolture et son manque d’implication dans les entrainements, Ryûsuke était tout de même arrivé à l’heure.

– Eh bien, Ryûsuke, on se demandait si tu allais venir, bravo, tu es là et à l’heure, lui fit remarquer Nanami.

– Evidemment, je me suis engagé, je suis là.

– Engagé pour la compétition, tu veux dire ? Parce que sur les entrainements, ce n’était pas ça.

– Tout à fait ! Je ne me suis jamais engagé à venir à tous les entrainements.

– Idiot.

La compétition se déroulait sur un week-end entier. Les épreuves d’athlétisme étaient organisées le samedi, il y en avait sept au total, qui se déroulaient dans cet ordre : le lancer de poids, le saut en hauteur, le saut en longueur, le 100 mètres, le 5 000 mètres, le 110 mètres haies, et enfin, le relais 4 x 100 mètres.

Pour les courses, les lycéens couraient en un ou deux groupes en fonction du nombre de participants. Pour les autres épreuves, ils passaient les uns à la suite des autres, et avaient trois tentatives chacun. Si certains élèves concouraient dans plusieurs catégories, ils pouvaient enchainer sans attendre que la totalité des participants à l’épreuve précédente soient passés.

Les épreuves étaient mixtes, filles et garçons participaient en même temps, mais à la fin il y avait deux classements distincts.

Sakura et ses huit champions étaient rassemblés en cercle, comme des joueurs de rugby formant une mêlée.

– Bon, les filles, les gars, écoutez-moi bien. Tout le monde a bien travaillé. Ce tournoi, c’est l’aboutissement de plusieurs mois d’entrainement, il ne faut rien lâcher, on va montrer à tout le monde ce qu’on vaut à Tomoeda. Vous connaissez cette phrase qu’on dit souvent, l’important c’est de participer, et bien c’est un truc pour les perdants, ce n’est pas pour nous. Nous, qu’est-ce qu’on veut ?

– GAGNER ! crièrent-ils tous en chœur, le poing en l’air.

Les personnes autour s’étaient tournées vers eux pour voir ce qu’il se passait.

– C’est ça, c’est ce qu’on veut, vous êtes mes champions. Plus sérieusement, ce que j’attends de vous, c’est que vous donniez le meilleur de vous-même. La victoire est belle, c’est qu’on vise tous, mais le plus important, c’est de se donner à fond, de dépasser ses limites et de se battre jusqu’au bout. Et dans ce cas-là, perdre ne sera pas un problème si vous savez que vous avez donné le maximum. Ca me suffira à être fière de vous. Allez-y, vos épreuves vous attendent. Si vous gagnez… non pardon, si vous vous donnez à fond, je vous inviterai chez moi pour célébrer ça… quand j’aurais un chez moi évidemment.

Sakura n’avait pourtant pas voulu faire une blague, mais tout le monde riait de sa dernière phrase.

Juste avant qu’elle ne parte, Sakura s’adresse à Hikari.

– Tout se passera bien Hikari, aie confiance en toi.

– Merci, professeur, je vais faire de mon mieux.

Sakura était persuadée de sa capacité à gagner, mais elle devait être rassurée.

La première épreuve était le lancer de poids, pour laquelle trois candidats de Tomoeda concouraient. En première position chez les filles, Satsuki, qui avait écrasé ses adversaires féminins. Nobuki fit sa victime en expliquant que si Satsuki était tellement forte au lancer de poids, c’est très probablement parce qu’elle avait l’habitude de lui taper dessus. En revanche, pour lui qui participait aussi, il ne put rien faire face à Masao, la force de la nature, qui comme Satsuki, termina premier en écrasant ses adversaires. Tout juste derrière sur le plan du classement, et pourtant tellement loin sur celui des résultats, Nobuki récupéra la seconde place.

Pour l’épreuve suivante, le saut en hauteur, Yukiko termina sur le podium en seconde position, juste derrière Hikari qui concrétisa tous les espoirs de Sakura de la voir terminer première. Un très bon résultat pour la benjamine qui lui donna confiance pour la suite. Chez les garçons, sans surprise, c’est Masao qui remporta à nouveau la première place.

Ce fut ensuite le saut en longueur. Malgré une solide opposition, c’est Tomoeda qui remporta haut la main. Comme Sakura s’y attendait, ce furent Masao chez les garçons et Hikari chez les filles, qui se hissèrent à la tête du classement. Ryûsuke qui termina quant à lui troisième du classement chez les garçons.

A ce stade de la compétition, Tomoeda avait une très confortable avance et Sakura était fière de son équipe. Masao avait remporté les trois épreuves, c’était vraiment le pilier dans l’équipe, et c’était une chance qu’il ait quitté sa précédente école pour venir à Tomoeda. Même si Sakura croyait en elle, Hikari fit figure d’outsider pour les juges, qui ne s’attendaient pas à voir une petite nouvelle s’imposer de la sorte. Avec deux épreuves remportées sur deux épreuves disputées, elle était le nouvel espoir de Tomoeda.

Vinrent ensuite les épreuves de courses, avec en premier lieu le 100 mètres. Gôsuke brilla en décrochant la première place. Malheureusement pour lui, Masao termina loin derrière. Il était en effet mal retombé lors du saut en longueur, ce qui lui occasionna une blessure légère, mais suffisamment importante pour rater sa course. Mais plutôt que de s’abstenir, il avait tenu à tout de même participer à l’épreuve. Evidemment, tout ceci sans prévenir Sakura, ce qui l’avait mis dans une colère noire. Après lui avoir remonté les bretelles, elle l’interdit pour de bon à participer aux épreuves suivantes. Chez les filles, un podium exclusivement Tomoeda, avec dans l’ordre, Yukiko, Nanami et Satsuki.

La cinquième épreuve était probablement la plus compliquée puisqu’il s’agissait du 5 000 mètres, une couse qui combine à la fois l’endurance et la vitesse. Nobuki remporta cette épreuve haut la main, c’était vraiment sa spécialité. Il était même devant Gôsuke qui arriva en seconde position. Ryûsuke termina la course, sans se presser, à la sixième place. Une seule fille de Tomoeda participait à cette épreuve, c’était Nanami qui se plaça en première position.

Pour le 110 mètres haies, c’est encore le trio du sprint féminin qui monta sur le podium, avec un ordre un peu différent. Yukiko était encore première, mais c’est Satsuki qui remporta la seconde place, suivi de Nanami. Chez les garçons, c’est Masao qui aurait dû participer. Mais à cause de sa blessure, il resta sur la touche, privant Tomoeda d’une éventuelle victoire. Sakura n’avait pas réussi à le faire remplacer, les juges n’ayant pas voulu faire de changement de dernière minute.

En revanche, pour l’ultime épreuve, le relais 4 x 100 mètres, Sakura avait obtenu des juges une autorisation pour remplacer Masao car sans une quatrième personne, l’équipe ne pouvait pas courir. Les autres écoles n’étaient pas particulièrement enthousiastes suite à cette décision. Ils avaient probablement peur d’une autre victoire de Tomoeda. Et ils avaient raison, puisque le quatuor formé de Gôsuke, Satsuki, Nanami et Hikari, qui s’était proposée pour remplacer Masao, remporta de justesse la victoire.

Au final, c’est évidemment Tomoeda qui remporta la compétition d’athlétisme. L’aboutissement de plusieurs mois d’entrainement sous la supervision de leur nouvelle professeure de sport. Sur l’ensemble, Masao était en tête avec trois victoires, ex aequo avec Hikari, une performance incroyable pour une première participation. Nobuki avait obtenu une première place, pour la course d’endurance sur laquelle il avait même réussi à surpasser Gôsuke. Au grand dam de Sakura, Ryûsuke n’avait rien gagné du tout. Tous les autres avaient remporté chacun deux victoires. Un bilan très positif pour Sakura ! Elle réitéra sa promesse, quand elle aura sa propre maison elle invitera tout le monde pour une petite fête.

Le lendemain avait lieu le semi-marathon de Tomoeda, une course d’endurance, de très exactement 21,0975 km. Après avoir mené à bien son rôle d’entraineur la veille, elle avait décidé de participer à cette épreuve en compagnie de Gôsuke. Le reste de l’équipe était là pour les soutenir tous les deux. Toute la famille de Sakura était là pour l’encourager Fujitaka, Azusa, Toya et Kaho. Evidemment, Tomoyo était là aussi, téléphone à la main, pour filmer l’aventure de sa meilleure amie.

– Vas-y, ma petite Sakura, je suis sûre que tu vas gagner, tu es la meilleure !

Tomoyo avait hésité à participer elle aussi, pour pouvoir filmer Sakura de près, mais elle s’était ravisée. Courir un semi-marathon, ce n’était pas dans ses cordes. Elle avait donc lancé une armée de drone pour capturer la course, mais surtout Sakura, sous tous ses angles. Tout ceci était évidemment sponsorisé par la Daidouji Company, des drones de dernière génération, ultra longue autonomie, qui embarquaient des capteurs vidéo ultra HD avec des zooms optiques et numériques impressionnants. Connectés en 5G, tous les drones envoyaient les images en temps réel sur les serveurs de l’entreprise, dotés d’intelligences artificielles qui traitaient les vidéos en live pour faire le meilleur montage.

Sakura arriva deuxième au classement féminin, juste derrière une lycéenne d’une autre école, mais elle fut première du classement des professeurs, et troisième au classement global.

Le premier étant bien entendu Gôsuke qui ajouta ainsi une troisième victoire cette année à son palmarès de la compétition inter-lycée.

Un beau travail d’équipe

Le week-end se finissait, Sakura avait réuni l’équipe pour leur parler une dernière fois.

– Je tenais à tous vous féliciter pour vos belles performances pendant la compétition, même toi, Ryûsuke. Tu n’as peut-être pas obtenu de victoire, mais tu t’es bougé pour participer à cette compétition, ce que tu n’avais encore jamais fait. L’athlétisme est un sport individuel, on concourt seul, mais l’esprit d’équipe est important. C’est cet esprit d’entraide et de solidarité dont vous avez fait preuve au cours de ses derniers mois. Evidemment, avec trois victoires chacun, Masao et Hikari sont la fierté de l’équipe, mais s’il n’y avait eu qu’eux, Tomoeda n’aurait pas gagné. Toute l’équipe a bénéficié des conseils et de l’expérience de Gôsuke et Yukiko. Si Nanami n’avait pas été là pour motiver les secondes années, le club n’aurait jamais vu le jour. Satsuki a écrasé ses adversaires au lancer de poids, c’en est triste pour eux. Tout le monde pensait que Gôsuke remporterait le 5 000 mètres, mais Nobuki s’est révélé être encore meilleur que lui, ça nous a permis d’avoir deux places sur le podium. Et si Ryûsuke ne s’était pas inscrit au dernier moment, vous n’auriez été que sept, et ce n’était pas suffisant pour pouvoir réserver le terrain de sport, sans parler de sa bonne humeur. Donc à tous, bravo, et merci de m’avoir fait confiance, je vous avais promis de vous amener jusqu’à la victoire, je l’ai fait, mais c’est surtout grâce à vous.

– Merci professeure ! répondirent les huit élèves en chœur.

– Pour vous remercier, on vous a acheté un petit cadeau, continua Nanami.

– Vas-y, donne-lui, dit Ryûsuke en mettant un coup de coude à Hikari.

– C’est pour vous professeur, dit-elle en lui tendant un petit sac.

Sakura prit le sac, dans lequel était placé un petit paquet cadeau. Elle enleva soigneusement le papier pour découvrir une boite à bijoux qui contenait des boucles d’oreilles.

– Merci beaucoup, ça me fait très plaisir. C’est un joli cadeau, et c’est encore plus joli sachant que ça vient de vous. Je suis très touchée. Pour sûr, ces boucles d’oreilles seront chargées de souvenirs.

Sakura les accrocha immédiatement à ses oreilles pour les montrer à ses élèves.

– On voulait vous prendre des boucles d’oreilles Harry Potter, on sait que vous êtes fan, mais on n’en a pas trouvé, blagua Ryûsuke.

– Ne vous en faites pas, celles-ci sont très bien, merci beaucoup.

Sans savoir pourquoi, ces boucles d’oreilles lui semblaient très familières. Elles étaient dépareillées. L’une représentait le soleil, et l’autre la lune.


[1] Nom donné à un camarade de classe ou un collègue d’un rang plus élevé.


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