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Chapitre 20 : Les souvenirs de Sakura

Le rêve

Bientôt, tes cartes seront à moi.

A ces mots à ces mots qui résonnaient encore dans son esprit, Sakura ouvrit les yeux. Face à elle, une jeune fille à peine plus jeune se tenait debout dans les airs, un sceptre à la main. Sakura ne discernait pas très bien les lieux, mais elle savait où elle était. Elle était dans un rêve. Ce rêve récurrent qu’elle faisait depuis son retour à Tomoeda.

– Firey, rejoins ta véritable maitresse.

– Nooon ! cria Sakura.

Elle savait ce qui allait se passer, elle avait déjà fait ce rêve. Tomoyo lui avait déjà dit que si elle prenait conscience d’être en train de rêver, elle pourrait le contrôler. C’est ce qu’on appelle un rêve lucide. Elle pourrait ainsi en savoir plus sur ce qu’il représentait réellement et essayer d’en modifier l’issue. Néanmoins, une fois de plus, ça semblait inévitable.

La carte du feu se dirigea vers la mystérieuse jeune femme qui s’en servit pour créer une barrière de flamme entre elle et Sakura.

Lors de ses précédents rêves, Sakura avait essayé de contourner les flammes, mais cette fois elle avait un autre plan en tête. Elle allait tout simplement utiliser la carte de l’eau. Watery ayant déjà été transformée en Sakura Card, quelques petites flammes ne devraient pas lui poser problème. De la carte rose jaillit un torrent d’eau qui fonça vers son adversaire. Le mur de feu ne fit pas le poids, mais la jeune fille avait encore une corde à son arc. A en croire son sourire, elle avait même prévu ce que ferait Sakura.

– Carte de Clow, revêt ta nouvelle apparence.

Firey, qui était entre les mains de la jeune fille, se mit à briller d’une lumière étincelante. Sakura connaissait bien ça. C’est ce qu’il se passait lorsqu’elle changeait une carte de Clow en carte de Sakura. Mais une fois la lumière dissipée, la carte n’était pas rose comme c’était habituellement le cas, mais avait une couleur orangée.

– Mais… qu’as-tu fait ? demanda Sakura.

– Cette carte est désormais mienne. Ce n’est plus une Clow Card, et ce n’est pas non plus une Sakura Card. Elle n’obéit qu’à moi.

– Kéro, que se passe-t-il ? demanda-t-elle.

– Je ne sais pas. Je dois bien dire que je suis perdu, répondit le gardien. La première fois que tu as transformé une carte, j’étais déjà dans l’expectative. J’ai fini par considérer ça comme normal, mais j’étais loin d’imaginer que d’autres personnes pouvaient transformer les cartes.

– Shaolan, tu en sais plus ?

– Désolé Sakura, ma mère ne m’a jamais parlé de ça. Moi aussi, avant de te rencontrer, je ne savais pas que les cartes de Clow pouvaient se transformer.

– Mais qui es-tu vraiment ? demanda Sakura à la fille qui se tenait devant elle. Pourquoi fais-tu ça ?

– Je suis comme toi, je suis la Card Captor. Et bientôt, je serai la seule et unique maitresse des cartes.

– Alors, dépêche-toi de toutes les capturer, dit une voix masculine.

Cette voix, elle l’avait déjà entendue auparavant. Dans un autre rêve, c’était l’homme qui avait fait rendre son dernier souffle à Clow Read.

La chasseuse

Sakura avait tellement l’habitude de faire ces rêves, que désormais elle ne se réveillait plus en panique. Elle ouvrit les yeux, quand soudain…

– Woé !

– Salut Sakura. Sommeil agité ?

– Kéro, tu m’as fait peur à voler comme ça au-dessus de mon visage. J’avais perdu l’habitude de te voir au réveil.

– Tu aurais peut-être préféré voir quelqu’un d’autre ?

– Mais euh… non… rougit Sakura. Avec Shaolan, on s’entend bien, mais on n’en est pas encore là.

– Quoi, ce gamin ? Pourquoi me parles-tu de lui ? Je pensais à Azusa.

– Ahahah, oui évidemment. Il était dans mon rêve, j’imagine que c’est pour ça que je parlais de lui.

– Je t’ai entendu murmurer pendant ton sommeil. C’était ton rêve ?

– Oui, un de ceux que je t’ai racontés hier soir. Celui où une mystérieuse jeune fille vole mes cartes. Mais cette fois, il y avait quelque chose de différent. Elle ne s’est pas contentée de prendre Firey, mais elle l’a aussi transformé.

– Transformée ? Comme une carte de Sakura.

– Oui. Sauf qu’elle n’était pas rose comme les miennes, mais orange.

– Et bien, j’étais loin d’imaginer que…

– … d’autres personnes pouvaient transformer les cartes, ajouta Sakura en riant. Je sais, c’est déjà ce que tu as dit dans mon rêve.

– Et l’autre rêve, avec Clow ? Tu l’as refait cette nuit ?

– Non, pas depuis un moment. Mais maintenant que j’y pense, je pense que ces deux rêves sont liés. Après que la fille ait transformé Firey, j’ai entendu une voix masculine lui demandant de capturer les autres cartes. La même voix que la personne qui a… vaincu Clow. J’ai l’impression que ce second rêve fait suite au premier.

– Mais cette fille n’est pas dans ton autre rêve. Et Clow et Yué ne sont pas dans le premier.

– Je sais bien mais… peut-être que j’ai fini par la vaincre, et qu’ensuite Yué est venu pour me juger puisque toutes les cartes étaient désormais en ma possession. Le jugement, c’est bien ce qu’il doit se passer quand j’aurai rassemblé toutes les cartes.

– Oui, c’est bien ça. Mais Clow ne m’a jamais parlé d’une compétition entre deux chasseuses de cartes. Je ne sais vraiment pas qui est cette fille. Et pour la présence de Clow dans ton rêve, je te l’ai déjà dit, il est mort il y a bien longtemps. Nous étions là avec Yué. Je t’ai déjà dit que tes rêves devaient être analysés avec attention car ils peuvent se révéler être prémonitoires. Mais je pense que ce second ne l’est pas. Même si j’aimerais sincèrement que Clow soit encore parmi nous.

– Tu dois avoir raison. Mais peut-être que si j’en savais plus sur mon passé, je pourrais en apprendre plus sur l’avenir.

– Nous avons aussi eu cette discussion hier soir, Sakura. Tu ne dois pas utiliser Illusion pour recréer tes souvenirs et ceux de tes proches. Finis de capturer les cartes, et tu auras les réponses à tes questions.

– Comment peux-tu en être sûr ?

– Parce que j’ai confiance en Clow. Et j’ai confiance en toi, Sakura.

L’âme sœur

Dans son studio, Shaolan finissait de prendre son petit déjeuner. Toujours très ordonné, il faisait la vaisselle au fur et à mesure, et il ne laissait jamais rien trainer dans l’évier.

Son téléphone sonna, c’était Wei. Le garçon décrocha et transféra l’appel vidéo sur sa tablette qui était installée sur la table.

– Bonjour Wei.

– Bonjour Monsieur Li, comment allez-vous ?

– Très bien, merci, et vous ?

– Si on met de côté le fait que j’essaie quotidiennement de calmer les ardeurs de votre mère, ça va plutôt bien.

– Désolé Wei, j’ai dû bloquer son numéro, elle n’arrêtait pas de m’appeler.

– Et donc, ça me retombe dessus. Je ne vous en veux pas. Je sais que ma cousine n’est pas facile.

– J’imagine que vous m’appelez à sa demande.

– C’est à peu près ça, oui. Elle veut savoir quand…

– Quand je rentre, coupa Shaolan. J’ai déjà répondu à cette question. Je ne rentrerai pas avant que Sakura ait terminé sa mission.

– C’est ce que je lui avais dit. Mais vous savez, elle a quelques difficultés à accepter cette réponse.

– C’est pourtant elle qui m’a envoyé ici. Pour aider la chasseuse de cartes.

– C’est vrai, mais voyez-vous, elle craint que vous ne vous rapprochiez trop tous les deux.

– Non, je ne vois pas.

– Votre teint qui vire au rouge trahit vos sentiments, maitre Li.

– C’est bon, je vois ce que vous voulez dire. Mais quel est le rapport ? Je dois l’aider, et elle a besoin de mon aide.

– Votre mère a peur que ses sentiments pour vous l’empêchent de mener à bien sa mission.

– Elle est plus déterminée que jamais. Elle veut retrouver sa fille plus que tout au monde.

– Oui, la petite Azusa qu’Erase a fait disparaitre.

– Ce n’est pas tout à fait ça, il s’est passé beaucoup de choses hier, et on y voit maintenant un peu plus clair.

Shaolan raconta en détail à Wei tout ce qu’il s’était passé la veille. Depuis leur combat contre Earthy, jusqu’aux souvenirs retrouvés de l’existence d’Azusa. Ce récit n’avait pas vraiment arrangé sa position.

– Vous vous doutez que si je raconte tout ça à votre mère, elle insistera encore plus pour que vous rentriez. Mademoiselle Kinomoto a l’air de s’en sortir toute seule. Et avec le retour de son gardien, elle est entre de bonnes mains.

– Alors je ne sais pas moi, contentez-vous de ne rien lui dire. Faites comme si vous n’étiez pas au courant.

– Au courant de quoi ?

– Au courant de… merci Wei, répondit Shaolan qui avait compris que Wei garderait le silence.

– Je lui indiquerai tout de même que deux nouvelles cartes ont été capturées, et que deux autres ont été transformées.

– Merci.

– Et sinon, comment ça se passe avec Mademoiselle Kinomoto ?

– Mais… répondit Shaolan interloqué. Je viens de tout vous expliquer.

– Non, je ne vous parle pas de la capture des cartes. Comment ça se passe entre vous ?

Shaolan rougissait de plus en plus. Il ne savait pas quoi répondre à Wei. Il n’avait tout simplement pas envie de lui répondre.

– Au revoir Wei, dit-il en coupant l’appel vidéo.

Il n’était pas question qu’il parle de ses sentiments avec lui. D’ailleurs, avait-il vraiment des sentiments pour Sakura ? Certes, il l’appréciait, ils passaient régulièrement du temps ensemble, même quand ça ne concernait pas la capture des cartes, mais c’était purement amical. Depuis qu’il l’avait rencontré, il n’avait cessé d’admirer son courage, sa détermination, et sa force dans la capture des cartes. Etant lui-même un sorcier, il ressentait un immense respect envers elle. Voilà, du respect, c’était le sentiment qu’il avait.

Il repensa aussi aux dernières sorties qu’ils avaient pu faire ensemble. Il avait été impressionné quand elle lui avait dit qu’elle était arrivée seconde au semi-marathon de Tomoeda. Après ça, elle avait continué à s’entrainer pour participer au marathon de Tokyo, mais elle n’avait malheureusement pas pu y participer car elle était dans le coma au moment où il eut lieu.

Il avait aussi trouvé en elle une adversaire de taille pour le tennis et les arts martiaux.

Il y a quelques semaines, ils avaient passé une journée à Tokyo, avec sa bande d’amis du collège et du lycée. Sakura était formelle, ils s’étaient déjà rencontrés, mais pour lui, c’était la première fois qu’il les voyait. Toujours cette histoire de souvenirs qu’elle était la seule à posséder. Ils avaient passé un bon moment tous ensemble. Quand Sakura l’avait présenté, elle avait eu un moment d’hésitation sur leur relation. Shaolan avait tranché net en leur indiquant qu’il était un ami. Il avait ressenti chez elle une pointe de déception. Tout le monde avait été très gentil avec lui, mais il avait tout de même gardé une impression étrange de ce Yamazaki qui semblait raconter n’importe quoi.

Il prit son téléphone dans les mains, et alors qu’il s’apprêtait à envoyer un message à Sakura, il vit sur l’écran une notification provenant de Tomoyo qui lui demandait « Alors ? Ca avance avec Sakura ? ». Mais pourquoi aujourd’hui tout le monde s’obstinait à vouloir savoir comment ça allait avec Sakura ? De toutes les personnes de l’entourage de Sakura qu’il connaissait, Tomoyo était sans aucun doute la plus intrusive. Lors d’une de leur sortie, il l’avait même surprise en train de les filmer. A chaque fois qu’il s’approchait de Sakura, il se demandait si Tomoyo n’allait pas surgir d’un coin de la rue pour les espionner. Elle était gentille, et attentionnée envers sa meilleure amie, mais tout de même « vachement flippante ». C’était en ces termes qu’il en avait parlé à Sakura. Il avait compris un peu plus tard pourquoi elle était comme ça. Tomoyo était tout simplement amoureuse de Sakura. Pas amoureuse au point de mettre des bâtons dans les roues à tous ceux qui s’approcheraient d’elle. Mais amoureuse au point de s’assurer que tout se passerait bien pour elle. Il avait l’impression d’être dans un shojo, au sein d’un triangle amoureux.

Mais pour lui, quels étaient ses véritables sentiments envers Sakura ?

Les élèves

Dans un café du quartier de Harajuku, Hikari était assise à une table, absorbée par son téléphone portable. A tel point qu’elle ne remarqua pas tout de suite quand quelqu’un vint s’asseoir à côté d’elle.

– Salut Hikari.

– Ah ! cria-t-elle. Tu m’as fait peur à débarquer comme ça. Bonjour Masao.

– Désolé, je ne voulais pas te faire peur.

– Non, ça va, c’est juste que j’étais ailleurs, je ne t’ai pas vu arriver.

Voyant qu’une nouvelle personne venait de s’asseoir, un serveur s’approcha d’eux.

– Bonjour, puis-je vous servir quelque chose ?

– On attend encore deux personnes, on commandera après, répondit Masao.

– Très bien, je repasserai tout à l’heure.

– Laisse-moi deviner, continua-t-il, ils sont encore en retard ?

– Ils m’ont prévenu qu’ils allaient avoir quelques minutes de retard. Il faut les comprendre, l’université, ça prend du temps.

– Je verrai bien l’année prochaine.

– Et moi, l’année suivante. J’ai encore le temps, mais ça m’angoisse un peu.

– Pourquoi est-ce que ça t’angoisserait ? T’es pas genre, première de la classe ?

– Pas tout à fait première, mais quand même dans le haut du classement. Mais l’université c’est un gros changement. Au niveau des cours, mais surtout au niveau des camarades de classe. Je ne suis pas vraiment à l’aise pour me faire des amis.

– Je te connais bien, Hikari. Est-ce que ça te dérange tant que ça de ne pas te faire des amis ?

– J’avoue, je suis bien comme ça. Peu d’amis, mais les bons.

– Même quand on sera tous à l’université, on continuera à se voir régulièrement. Comme aujourd’hui. Regarde, Gôsuke et Yukiko viennent d’arriver. Ils sont toujours là, malgré l’université.

D’un signe de la main, il les invita à les rejoindre.

– Salut les jeunes, dit Yukiko.

– Comment ils se la jouent grave. Ils ne sont à l’université que depuis quelques mois, et on est déjà des petits jeunes pour eux, répondit Masao.

– Ne me mets pas dans le même sac qu’elle, je n’ai rien dit de la sorte. D’ailleurs, bonjour à tous les deux.

– Bonjour Gôsuke, bonjour Yukiko. Ne t’inquiète pas, Masao dit ça pour rire.

– Je vois que tu as toujours un humour qui laisse à désirer.

– Toi aussi, la vieille.

– Tu as intérêt à courir vite si tu ne veux pas que je t’attrape.

– Pas de problème, c’est ma spécialité.

– Oui, comme beaucoup d’autres disciplines sportives. D’ailleurs, c’est bientôt l’inter-lycée. Vous êtes prêt ?

– Mais… non, on t’avait déjà expliqué, Yukiko, répondit Yukiko. Le remplaçant de Sakura a tout bonnement arrêté le club d’athlétisme. Pas de club, pas de compétition.

– Ah oui, c’est vrai. Désolée, j’avais oublié. C’est quand même nul. Le club existait depuis tellement d’années, et on avait cartonné avec Sakura. S’arrêter sur une si bonne lancée, ce n’est pas digne de l’image qu’essaie de véhiculer l’école.

– En fait, c’est la maire de Tomoeda, elle a une dent contre Sakura, commença à expliquer Hikari. Elle a demandé au directeur de l’école de dissoudre le club, qui a ensuite transmis ses ordres au nouveau professeur de sport. Après le discours de Sakura au Seijin shiki, elle a voulu détruire tout ce qu’elle avait entrepris.

– Je pense que le but était aussi de dissoudre le groupe qui s’était formé autour de Sakura. C’est-à-dire nous. Au final, ça n’a servi à rien, puisqu’on s’est retrouvé au club de théâtre.

– Enfin… pas moi.

– Oui, c’est vrai. Tout le monde sauf toi, Hikari. Tu es trop timide pour venir avec nous.

– C’est surtout la représentation finale qui me gêne. Jouer devant autant de monde, très peu pour moi.

– Attends un peu Masao, intervint Gôsuke. Tu es en train de nous dire que tout le monde, sauf Hikari, est au club de théâtre. Même Ryûsuke ?

– Hé oui, même lui. Il a un tout petit rôle, au début de la pièce.

– Et vous jouez quoi ? demanda Yukiko.

– C’est une surprise, venez si vous êtes curieux. On fait une première représentation début septembre, juste après la rentrée. Moi je suis au taquet, j’ai hâte qu’on soit tous sur scène.

– Il prend ça très à cœur, compléta Hikari. Il m’a même demandé plusieurs fois de l’aider à répéter. Je pense qu’il est au point.

– Un peu oui ! Si ma carrière sportive s’arrête, j’aurai un plan B.

– J’imagine que tu continues le sport à côté, même sans le club d’athlétisme ?

– Pas de manière officielle, je ne suis inscrit nulle part. Mais je fais au moins une heure de sport par jour de mon côté.

– Et moi, je me suis inscrite au club de tennis où travaille Sakura.

– Oui, je me souviens que tu nous l’avais dit, Hikari. Comme quoi je n’oublie pas tout, rigola Yukiko. D’ailleurs, comment va-t-elle ?

– Elle tient le coup… Mais toujours aucune nouvelle d’Azusa. Ca fait déjà plus de six mois qu’elle a disparu. Et il n’y a toujours aucune piste. C’est comme si elle s’était volatilisée.

Même si Sakura avait fini par mettre Hikari dans la confidence pour ses pouvoirs et les cartes de Clow, elle ne lui avait jamais révélé les conditions de la disparition de sa fille. La capture récente d’Illusion ayant restauré le souvenir d’Azusa dans la mémoire de ses proches, tous les anciens membres du club d’athlétisme étaient désormais conscients qu’elle avait disparu.

– La pauvre, continua Gôsuke, j’espère que tout finira par s’arranger. Il faut vraiment qu’on passe la voir chez elle, à l’occasion.

– Changeons de sujet, proposa Masao qui voyait des larmes se former dans les yeux d’Hikari. Racontez-nous plutôt comment se passent vos vacances d’été. Vous suivez des cours particuliers ? Vous allez partir ? Vous ne voulez toujours pas nous dire si vous sortez ensemble ?

Yukiko et Gôsuke se regardèrent tous les deux pendant quelques secondes, avant de répondre en chœur.

– Toujours pas.

La discussion se poursuivit, chacun exposant les plans qu’il avait prévu pour les vacances. Même si tous étaient bien déterminés à en profiter pour se reposer, les révisions, les entrainements, et les répétitions de théâtre occuperaient une part importante pendant ce mois et demi.

La famille

L’ambiance était un peu tendue chez Kaho et Toya. La date à laquelle ils auraient dû se marier approchait à grands pas. « Auraient dû », le problème était bien là. Ils avaient commencé à tout planifier il y a un an, et l’avaient annoncé peu de temps après à leurs familles et amis. Mais lorsque Sakura était tombée dans le coma, leurs plans avaient été remis en cause. Kaho s’était longtemps demandé comment elle pourrait utiliser ses pouvoirs pour la faire revenir, mais en vain. Et pour Toya, il n’avait cessé de se rendre à l’hôpital pour être au plus près de sa petite sœur, négligeant même sa propre santé et sa relation amoureuse. Il avait vraiment traversé une mauvaise passe, qui heureusement prit fin avec le réveil de Sakura.

Tout était ensuite redevenu normal pour lui, et il put reprendre le cours de sa vie. Tout allait pour le mieux jusqu’à la capture d’Illusion. Le souvenir d’Azusa, et surtout sa disparition, lui était revenu en tête. Même si ça ne faisait réellement qu’un jour qu’il se souvenait d’elle, ses souvenirs avaient été réécrits comme s’il ne l’avait jamais oublié. La disparition de sa nièce le pesait tellement qu’il n’était plus le même homme que Kaho avait connu. De la même manière qu’il avait passé son temps libre à veiller sur sa sœur, il passait maintenant son temps à essayer de retrouver Azusa. Evidemment, il n’y avait passé qu’une journée, mais dans son esprit, il cherchait sa nièce depuis des mois. Même Kaho, qui avait pourtant été mise au courant de l’existence et la disparition d’Azusa par Sakura lors de son réveil, avait le souvenir que le comportement de son conjoint était ainsi depuis la disparition de la fillette.

Pour ne rien arranger, Fujitaka vivait toujours avec eux, et lui aussi peinait à remonter la pente.

Dans ces conditions, il était évident que le mariage ne pourrait avoir lieu à la date qu’ils avaient prévue. Il faudrait encore beaucoup de temps pour que tous retrouvent une vie normale.

Sans qu’elle ne le sache encore, Sakura avait causé de gros dommages à ses proches en capturant Illusion. Cette douleur, qu’elle portait seule depuis plusieurs mois, était désormais partagée par tout le monde.

– Toya ? dit Kaho pour attirer son attention. J’ai… appelé la mairie. Pour annu… pour repousser le mariage. Le moment n’est pas vraiment propice à ça.

– Je suis désolé, répondit-il en lui serrant les poings. Ce mariage, je le souhaitais vraiment.

– Je le sais très bien, sinon tu ne m’aurais pas demandé de t’épouser lors de la croisière. Je m’en souviens encore comme si c’était hier.

– Ce n’était pas hier, mais ce n’est pas non plus très vieux. Ce n’est que partie remise. Quand on aura retrouvé Azusa, ou quand je serai à nouveau prêt, je te redemanderai en mariage, et cette fois-ci, ça sera la bonne.

– J’y compte bien. J’espère que j’aurais droit à une nouvelle bague !

– J’ai mis du temps à économiser pour celle-ci. J’espère bien qu’on n’aura pas à attendre aussi longtemps pour que je refasse ma demande.

– Je rigole. La bague c’est bien, mais ce n’est pas le principal.

Le regard de Toya était triste. Triste de rester sans nouvelles d’Azusa, et triste de devoir faire attendre la femme qu’il aime. C’est pour ça qu’elle avait essayé de détendre l’atmosphère en demandant une nouvelle bague, et en remémorant les souvenirs de la demande en mariage.

– Kaho, il y a quelque chose dont je voulais te parler depuis longtemps. Quand je vois Sakura, je me dis toujours qu’elle en sait plus qu’elle ne veut le dire. Ce n’est pas nouveau, j’ai toujours ressenti quelque chose de bizarre. Même quand elle était au collège.

Kaho voyait très bien de quoi voulait parler Toya. Evidemment, Sakura était « bizarre », c’était la chasseuse de carte après tout. Son pouvoir magique, même s’il n’avait été révélé que récemment, était probablement présent depuis son enfance. D’autant plus que Toya possédait lui aussi une sorte de magie.

– Sakura bizarre ? Ca doit être de famille alors. Tu m’as déjà dit que tu parlais avec ta mère quand tu étais plus jeune. Ca, c’est bizarre.

– Oui c’est vrai, ça doit être une caractéristique familiale. Mais il n’y a pas que ça. Depuis qu’elle est rentrée à Tomoeda, il se passe quand même des choses étranges. A commencer cette tempête lors de la croisière. Je l’ai retrouvé sur le pont, elle venait d’être frappée par une vague. Qu’est-ce qu’elle faisait là ? D’ailleurs, alors que je la ramenais, je t’ai croisée. J’ai fait ce que tu m’as demandé. Je t’ai fait confiance. Mais je sais que ce qu’il s’est passé sur le pont n’est pas normal. Comme le feu qui a ravagé la maison de notre père. Il parait que le feu était incontrôlable. Et pourtant, il a fini par s’éteindre alors que les pompiers pensaient que tout était perdu. Et puis, sans aucune raison, elle est tombée dans le coma, le même jour où Azusa a disparu. Ca ne peut pas être une coïncidence.

Kaho était embêtée, elle ne savait pas quoi répondre à Toya, qui touchait pourtant la vérité du bout des doigts.

– Et ce n’est pas tout, il y a aussi ce gamin, Shaolan. Il parait qu’il est arrivé le jour du réveil de Sakura. Comme par hasard. Je le sens pas du tout.

– C’est un bon garçon, il ne ferait pas de mal à Sakura.

– Tu me l’as dit, moi aussi je suis bizarre. La bizarrerie ne me fait pas peur. Si tu sais des choses, partage-les-moi. Je sais que je pourrais aider Sakura, que je pourrais t’aider.

Après quelques secondes de silence, Kaho reprit la parole.

– Oui, tu as raison, tout ceci n’est pas le fruit du hasard. J’en sais plus que je ne te le dis. Sakura en sait plus elle aussi. Mais c’est à elle de t’en parler.

– Elle ne me le dira pas. Je la connais bien. Elle veut me tenir éloigné de la vérité pour me protéger. Je ferais la même chose pour elle. Alors je t’en prie, dis-m’en plus.

Kaho savait qu’il avait raison, Sakura ne lui dirait jamais rien de peur qu’il ne lui arrive du mal.

– Promets-moi de ne rien lui dire, et de ne pas te mettre en danger.

– Je te le promets.

– Ce que tu appelles bizarre, c’est de la magie. Tu possèdes une magie en toi qui t’a permis de communiquer avec ta mère quand tu étais plus jeune. J’ai une magie qui me permet de ressentir des choses, de ressentir la magie des autres, et de faire des choses que tu pourrais qualifier de « bizarre ». C’est pour ça que j’étais sur le pont du bateau ce soir-là. Pour mettre fin à la tempête. Mais Sakura, c’est encore plus que ça. Elle possède une magie et une force incomparable à la nôtre. C’est…

Kaho s’interrompit net en plein milieu de son explication. Plus aucun mot n’arrivait à sortir de sa bouche. Son esprit s’embrouillait, ses souvenirs se mélangeaient, des éléments du passé qu’elle avait oublié étaient brusquement en train de revenir. Elle regardait Toya qui semblait être dans le même état qu’elle. Plus aucun son ne sortait de leur bouche. Les yeux Toya rougissaient et se remplissaient de larmes. Quand il fut à nouveau en mesure de parler, c’est un prénom surgi du passé qu’il prononça.

– Yukito…

La vérité

De retour chez Sakura, Kéro s’était attelé à une mission de la plus haute importance : rattraper son retard sur les sorties de jeux vidéo. En six mois, il avait manqué quelques sorties importantes, dont la nouvelle mouture de son jeu de combat favori. Dès son retour, il avait commencé à jouer, n’avait pas fermé l’œil de la nuit, et avait continué la journée suivante. La nuit commençait à tomber, il avait passé plus de 24h non-stop à jouer. Ce qui était beaucoup trop de l’avis de Sakura. Il s’était tout de même arrêté pour manger le repas que Tomoyo leur avait préparé.

Alors il allait bientôt battre le boss de fin de niveau, il entendit un fracas provenant du salon.

– Sakura, tout va bien ? demanda-t-il à moitié inquiet.

N’entendant pas de réponse, il sortit de la chambre et descendit au rez-de-chaussée en direction du salon. Sakura était en train de se relever. Elle était visiblement tombée, et avait entrainé dans sa chute des objets qui étaient posés sur un meuble quelques minutes plus tôt. Au milieu des débris, le sceptre magique ainsi qu’Illusion qui avait été transformé en carte de Sakura.

– Qu’as-tu fait, Sakura ?

Cette fois, il n’était pas qu’à moitié inquiet. Le ton de sa voix était grave et accusateur.

– Sakura, qu’as-tu fait ? répéta-t-il.

Sakura semblait désorientée. De toute évidence, elle venait d’utiliser Illusion, et en subissait les effets secondaires. Elle avait du mal à former des phrases, ses pensées et souvenirs s’entremêlaient, elle n’arrivait plus à distinguer ce qui était réel, de ce qui était son imagination. Après une bonne trentaine de secondes, elle comprit qu’Illusion avait fonctionné. Quand elle réussit à reparler, le premier mot qui sortit de sa bouche fut « fléau ». Le regard de Kéro s’emplit alors de tristesse et de culpabilité. Il comprit que Sakura venait d’en apprendre davantage sur le fléau. Mais il était encore loin d’imaginer tout ce qu’elle avait appris.

– Kérobéro, le fléau, c’est l’oubli. Tu le savais ?

– Oui, Sakura, je le savais.

– Mon enfance, tous ces souvenirs oubliés, c’est le fléau qui les a effacés. Tout me revient en tête progressivement. Le jour où je suis revenu à Tomoeda, ce jour où tu es apparu, ce n’est pas la première fois que nous nous rencontrions ?

– Je ne sais pas Sakura.

– Le fléau, il s’est déjà produit. Tu étais là.

– Le fléau ne fait pas de distinction, je t’assure que moi je n’ai pas souvenir de t’avoir déjà rencontré. Si nous nous sommes déjà rencontrés, si le fléau s’est déjà produit, alors j’ai moi aussi tout oublié. C’est une magie puissante, la magie des cartes, la magie de Clow. J’ai dû y succomber moi aussi.

– Shaolan. Maintenant, je m’en souviens clairement. Il était déjà à mes côtés pour m’aider à capturer les cartes. Puis j’ai échoué, j’ai tout oublié, et il est reparti à Hong Kong.

Les conséquences

Encore sous le choc, Toya n’avait qu’une idée en tête. Aller voir Sakura pour en savoir plus. Il n’était pas persuadé qu’elle y soit vraiment pour quelque chose, mais ces souvenirs, qui revenaient brusquement, étaient un élément de plus dans toutes les étrangetés qui gravitaient autour de Sakura. Aussi, il s’était remémoré une discussion qu’il avait eue avec Yukito, dans laquelle il lui expliquait que Sakura finirait par s’opposer à lui pour prouver qu’elle était digne de devenir sa maitresse. Ceci n’avait aucun sens pour lui. Mais sa petite sœur en savait probablement plus. Mais surtout, ce qui le hantait depuis tout à l’heure, pourquoi Yukito avait-il disparu ?

Il était sorti de l’appartement, prévenant Kaho qu’il allait voir Sakura, sans même la regarder dans les yeux. Il ne pouvait pas. Ce sentiment qu’il ressentait quand il pensait à Yukito… Il avait l’impression que toutes ces années de vie commune avec sa compagne n’étaient qu’une compensation au bonheur qui lui avait été retiré. Il se détestait de penser ça. Il se détestait de ne pas pouvoir regarder Kaho en face. Mais pour l’heure, il devait voir Sakura. Il assumerait les conséquences plus tard.

Après avoir marché vingt minutes sous la pluie, il arriva devant la maison de sa sœur. Par la fenêtre du salon, il vit une sorte de lion jaune qui se métamorphosa en peluche. Cette scène totalement inconcevable lui semblait pourtant familière. Les ailes que ce lion avait dans son dos, il avait déjà vu ça. Il avait déjà vu Yukito se métamorphoser de la même manière. Sous cette forme, il l’avait déjà vu discuter avec Sakura et Shaolan, accompagné de cet ours en peluche. Il ne comprenait pas, mais tout lui semblait lié. Il reprit ses esprits et frappa à la porte. Sa sœur vint lui ouvrir. Elle aussi n’avait pas l’air dans son assiette.

– Toya ? Mais qu’est-ce que tu fais là, dans cet état ? Rentre, tu vas attraper froid.

Il n’arrivait pas à bouger. Il était venu là pour lui parler, mais il ne savait pas par où commencer.

– Ca ne va pas Toya ?

– Qu’as-tu fait Sakura ? finit-il par dire. Qu’est devenu Yukito ? Où est-il ?

En prononçant son nom, il vit que Sakura était elle aussi troublée. Il avait vu juste, elle connaissait Yukito.

Sakura ne put retenir ses larmes plus longtemps. Alors qu’elle n’avait voulu restaurer que ses propres souvenirs, Toya semblait lui aussi avoir renoué avec son passé. Ce pour quoi Kéro l’avait mise en garde venait de se réaliser. On ne peut pas manipuler les souvenirs sans en subir les conséquences. Si Toya avait fini par se souvenir des Yukito, qu’en était-il des autres ? De quoi se souvenait son père ? Ses amies avaient-elles, elles aussi, retrouvé des éléments douloureux du passé ? Et Shaolan, qu’en était-il pour lui ? De quoi se souvenait-il exactement ? Mais pour l’heure, elle devait faire face à Toya. Tout en pleurant, elle le sera dans ses bras.

– Je suis désolé, Toya. Je n’aurais jamais dû faire ça…


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