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Chapitre 6 : Sakura au pays des merveilles

Alice

Sakura était assise sur le lit d’Azusa, sa fille posée contre elle venait de s’endormir. Elle ferma le livre qu’elle était en train de lire : « Alice au pays des merveilles ». « Ce livre est vraiment… bizarre, tout ceci n’a aucun sens », pensa-t-elle, « Je ne sais pas si cette petite est droguée, ou folle, mais elle est vraiment décalée et insouciante ». Sakura avait pourtant lu ce livre quand elle était petite, mais elle n’avait pas forcément la même lecture maintenant qu’elle était adulte.

A l’époque, la nourriture qui fait grandir ou rapetisser, le lapin blanc, le chat de Cheshire, le chapelier, tout ça la faisait rire. Aujourd’hui, elle trouvait ça plutôt effrayant, sans parler de la Reine de Cœur, et se demandait comment tout ceci pouvait exister. Une petite fille perdue dans ce monde si étrange aurait forcément dû se sentir effrayée. Mais au lieu de ça, Alice évoluait dans ce monde, qu’elle trouvait certes étrange et dont elle cherchait à s’échapper, mais sans se poser davantage de questions. A sa place, Sakura se serait terrée dans un coin en attendant que son rêve se finisse, car un monde psychédélique comme celui-ci ne pouvait être qu’un rêve.

Sakura redescendit pour passer le reste de la soirée avec son père, il était en train de faire chauffer de l’eau.

– Tu veux un thé ou une tisane, Sakura ? lui demanda-t-il.

En regardant le livre qu’elle avait toujours dans la main, elle eut un moment de doute, « vais-je me mettre à grandir ou rapetisser si je bois quelque chose maintenant », se demanda-t-elle. Perdue dans sa réflexion, elle n’entendit que la fin de ce que son père était en train de dire.

– … Alice ?

– Quoi ? Comment tu m’as appelé ?

– Je t’ai appelé par ton prénom, Sakura, répondit-il, étonné par cette question. Je voulais savoir si tu préférais un thé ou une tisane. Et ensuite, je te demandais si tu avais fini de lire Alice à Azusa.

– Ah, désolée, j’étais ailleurs, perdue au pays des merveilles, rigola-t-elle. Non, nous n’avons pas fini, c’est un peu lent, elle s’endort rapidement. Et à chaque fois, elle me redemande de repartir quelques pages plus tôt, car elle ne se souvient plus de ce que je lisais au moment où elle s’endormait.

– Et donc, thé ou tisane ?

Sans lui répondre, Sakura se mit à le regarder d’un air suspicieux.

– Et ça va me faire grandir ou rapetisser ? Tu essayes de me droguer ? Tu es le chapelier ? Qu’as-tu fait de mon père ?

– Ah ah ah, non, ne t’inquiètes pas, c’est bien moi… la reine de cœur !

– Woé.

– Sakura, même à 25 ans tu continues à me faire rire, tu n’as pas beaucoup changé.

– Une tisane alors, un thé m’empêcherait de dormir.

L’armoire magique

La soirée terminée, Fujitaka partit se coucher.

– Ne dors pas trop tard, Sakura, tu risquerais d’être en retard demain à l’école.

– Ne t’inquiète pas, je finis la vaisselle et je monte me coucher.

Quelques minutes plus tard, alors que son père était monté, Sakura, qui terminait la vaisselle, entendit quelqu’un descendre les escaliers.

– Tu as oublié quelque chose en bas ? demanda-t-elle en se retournant.

N’ayant aucune réponse, elle alla voir dans le salon, mais ne vit personne. Pareil pour la salle de bain et le bureau de son père. Elle monta à l’étage et ouvrit discrètement la porte de la chambre d’Azusa, qui semblait dormir à poing fermé.

De retour au rez-de-chaussée, elle vit que la porte menant à la bibliothèque de sous-sol était entrouverte. « Bizarre », se dit-elle, « Quelqu’un est descendu à la bibliothèque ? ».

– Il y a quelqu’un ? demanda-t-elle depuis le haut de l’escalier ?

Si ce « quelqu’un » était son père, il aurait forcément répondu à sa question, il devait donc s’agir de quelqu’un d’autre, ou quelque chose d’autre. Sans penser aux éventuelles conséquences, Sakura descendit les escaliers qui menaient à la bibliothèque.

A priori, il n’y avait personne, juste des étagères remplies de livres. Elle regardait les ouvrages tout en faisant le tour, et s’arrêta sur deux livres « De l’autre côté du miroir » et « Alice au pays des merveilles », le premier étant la suite du second. « Mais qu’est-ce qu’il fait là ? », s’interrogea-t-elle, « Quelqu’un l’a rangé ? ».

Elle le prit puis remonta les escaliers. En arrivant dans le salon, elle vit que le livre qu’elle tenait dans la main était aussi posé sur la table. Le même livre, mais en deux exemplaires.

– Je ne savais pas que nous avions ce livre en double, dit-elle à haute voix. Je vais le redescendre.

De retour dans la bibliothèque, Sakura s’apprêtait à remettre le livre sur l’étagère dans laquelle elle l’avait trouvé, mais vit que le livre était déjà à sa place.

– Mais… ce n’est pas deux, mais trois exemplaires que nous avons de ce livre !? s’étonna-t-elle.

Alors qu’elle le posait à côté de l’autre, elle entendit comme un grincement de porte provenant de l’autre bout de la pièce. En se dirigeant vers cet endroit, elle vit une armoire entrouverte.

– Une armoire ? Mais qu’est-ce qu’une armoire fait dans une bibliothèque ? Depuis quand est-elle là ?

Mais plutôt que de fermer la porte, elle l’ouvra en grand. A l’intérieur, sur une barre, étaient suspendus des vêtements qu’elle écarta des mains, comme pour vérifier s’il n’y avait rien de caché derrière.

– Mais qu’est-ce que c’est ?

Elle monta alors dans l’armoire et s’enfonça à l’intérieur, derrière les vêtements, avant que la porte ne se referme sur elle.

Bienvenue à Narnia

Sans jamais penser à faire demi-tour, Sakura s’enfonçait de plus en plus profondément dans l’armoire qui semblait interminable, en écartant chaque rangée de vêtements qui formaient des obstacles devant elle. Après quelques minutes, elle vit la lumière tout au bout du tunnel, ou plutôt de l’armoire, qui effaçait peu à peu l’obscurité. Cette lumière provenait d’une porte entrouverte, la porte de sortie. Sakura sauta hors de l’armoire et referma la porte derrière elle.

– Brrr, il faut un peu froid, dit-elle, j’aurais dû prendre un gilet, ou un anorak.

Elle venait d’atterrir dans une forêt couverte de neige. Elle inspecta l’armoire derrière elle, qui était visiblement redevenue une simple armoire.

– C’est juste une simple armoire, dit-elle.

Elle ouvrit la porte et la referma plusieurs fois, rentra, en ressortit, rien de magique.

– Je pensais que c’était l’armoire à disparaitre dans Harry Potter, mais non, c’est juste une simple armoire, tout ce qu’il y a de plus normale.

Comme il n’était pas possible de faire marche arrière, elle décida d’avancer dans la forêt enneigée.

Après avoir bien marché, elle vit à un croisement un étrange animal qui était arrêté là. C’était un lion au pelage doré, avec une forte prestance. N’importe qui se serait arrêté et fait demi-tour pour éviter de tomber nez à nez avec ce lion, mais Sakura continua d’avancer.

– Bonjour, lui dit-elle, je m’appelle Sakura.

Le lion la dévisagea, il devait probablement se demander ce qu’une jeune fille qu’il ne connaissait pas faisait en pleine forêt.

– Bonjour, j’ai comme l’impression que vous vous êtes égaré, que faites-vous ici ?

– C’est une excellente question à laquelle j’aimerais moi aussi avoir une réponse, voyez-vous. Je suis arrivée en armoire, ou avec une armoire, je ne sais pas vraiment comment dire, c’est la première fois que ça m’arrive. Au début, j’ai pensé que c’était une armoire à disparaitre, connaissez-vous Harry Potter ? Mais en fait non, c’est une simple armoire, tout ce qu’il y a de plus banale.

– Je ne comprends pas bien cette histoire. Qui est Harry Potter ?

– Vous ne connaissez pas Harry Potter ! C’est un très grand sorcier, c’est celui qui a débarrassé le monde de celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom.

– Un sorcier, dites-vous ? Encore un autre ? Je connais une sorcière en ce monde, c’est la Sorcière Blanche, celle qui a fait tomber la neige sur ce monde il y a un siècle. Depuis ce jour, mon royaume subit un hiver permanent. Ce n’est pas une personne très fréquentable.

– Votre royaume ? Vous êtes donc un Roi ! Le Roi Lion ?

– Je m’appelle Aslan, et effectivement je suis le Roi et créateur de ce monde, le monde de Narnia. Ou plutôt je l’étais, avant que la Sorcière Blanche ne se proclame Reine et fasse régner la terreur.

– C’est passionnant. Mais je dois vous laisser Monsieur Aslan, puisque cette armoire n’est finalement qu’une simple armoire, je dois trouver un autre moyen de rentrer chez moi.

– Attendez, je ne peux pas vous laisser voyager seule, c’est trop dangereux pour une petite fille comme vous. Vos parents ne sont-ils pas venus ici avec vous ?

– Malheureusement, ma mère est morte quand j’avais trois ans, mon père dort certainement à l’heure qu’il est. Mais dans tous les cas, je n’ai pas vraiment besoin d’eux, j’ai tout de même 25 ans !

– 25 ans, dites-vous ? Tout au plus, je vous en donne 15, même si vous en paraissez plutôt 12, mais certainement pas 25.

– Mais non, c’est impossible, ce matin encore j’en avais 25.

Sakura, qui n’avait pas de miroir avec elle, se contenta de regarder ses mains et ses pieds. Effectivement, elle semblait un peu plus proche du sol qu’à l’accoutumée. Elle toucha son visage, qui semblait plus rond que d’habitude, comme celui d’une enfant. Ses cheveux qu’elle avait mis tant d’années à faire pousser étaient redevenus courts.

– Vous devez avoir raison, continua-t-elle. Voulez-vous bien m’accompagner ?

– J’allais vous le proposer.

– Puis-je monter sur votre dos ?

– Je suis un Roi, pas un moyen de transport, je vous demanderai donc de bien vouloir utiliser vos pieds.

– Très bien, je vous suis, où allons-nous ?

– Cela dépend de vous, où voulez-vous aller ? C’est vous qui aviez décidé de partir pour trouver un moyen de rentrer chez vous.

– A dire vrai, je ne sais pas. Je sais que je veux rentrer chez moi, mais je ne sais pas où aller. Avez-vous une idée ? C’est votre monde après tout.

– Pas vraiment, mais suivez-moi, j’ai quelques amis qui pourront peut-être vous aider.

Chemin faisant, Sakura et Aslan parlèrent de divers sujets. Des paysages enneigés, des armoires tout ce qu’il y a de plus banales, des animaux qu’ils avaient pu croiser en route, mais qui contrairement à Aslan ne parlaient pas. Ce qui étonnait le plus Sakura, ce n’était pas de voir un lion parler, mais que les autres animaux ne furent pas dotés, eux aussi, de cette capacité.

Ils continuèrent ensuite sur un autre sujet bien plus sérieux : les sorciers. Tous deux échangeaient leurs points de vue sur le sujet. Harry Potter ceci, Harry Potter cela, Sakura ne tarissait pas d’éloges pour le petit sorcier qu’Aslan ne connaissait pas. De son côté, Aslan était beaucoup plus mitigé, sa dernière expérience en matière de sorcier n’était pas très concluante. Sakura compara la Sorcière Blanche avec celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom. C’était la seconde fois qu’Aslan entendait ce nom qui ne devait pas être prononcé.

– De qui parlez-vous ?

– Et bien, de celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom, l’ennemi juré d’Harry Potter.

– Mais comment s’appelle-t-il ?

– Je ne peux pas vous le dire, on ne doit pas prononcer son nom, ça porte malheur.

– Vous avez de bien étranges coutumes dans votre pays.

Bref, la Sorcière Blanche ne semblait pas aussi méchante que celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom, mais ce n’était certainement pas elle qui allait l’aider à sortir de là.

Alors qu’elle réfléchissait, à quel autre sorcier pourrait bien l’aider, elle vit deux personnes de petite taille traverser la route pour s’engouffrer dans l’autre partie de la forêt.

– Attendez-moi, M’sieur Frodon, n’allez pas si vite, criait l’une des deux personnes à l’autre.

– Dépêchez-vous Sam, nous allons être en retard.

Ils couraient pieds nus dans la neige. Sakura se dit que c’était un coup à tomber malade.

– Qui sont ces drôles de personnages ? demanda-t-elle à Aslan.

– Eh bien, ils sont arrivés ici quelques jours avant vous, ils disent être des hobbits, et ils sont à la recherche d’un volcan dans lequel ils veulent jeter un anneau. Mais avant ça, ils cherchent à retrouver un certain Gandalf. Et maintenant qu’on en parle, ils m’ont aussi dit que c’est un sorcier.

– Un sorcier dites-vous ? Nous devons les suivre, peut-être que ce Gandalf pourra me renvoyer chez moi.

La communauté de l’anneau

Sakura se mit alors à courir derrière les deux hobbits, suivi de près par Aslan qui la rattrapa très rapidement. Malheureusement, les hobbits étaient déjà loin. Mais marcher dans la neige laisse des traces, c’est pourquoi le Grand Lion proposa à Sakura de suivre les empreintes de pas dans la neige, qui étaient, de toute évidence, laissées par les petits hommes.

Au bout d’un moment, ils arrivèrent dans une clairière au milieu de laquelle était placée une table. Autour de la table étaient installés les dénommés Sam et Frodon, ainsi que d’autres personnes que Sakura ne connaissait pas.

Aslan lui chuchota à l’oreille :

– Celui qui est encore plus petit que les autres, avec la hache, c’est Gimli. Le grand blond avec les oreilles pointues, c’est Legolas, un elfe. Et l’autre avec l’épée, c’est Aragorn. Ils étaient ensemble quand je les ai rencontrés.

– Vous avez une bonne mémoire. Et l’autre avec le chapeau haut de forme et la barbe blanche, le connaissez-vous  ?

– C’est la première fois que…

Aslan n’eut pas le temps de terminer sa phrase que la personne en chapeau haut de forme l’interrompit.

– Vous êtes en retard, prenez place, qu’on prenne le thé tous ensemble.

Tous deux s’assirent alors autour de la table, sans remarquer qu’après leur passage, le chemin qui les avait menés à la clairière s’était refermé. Les arbres tout autour d’eux semblaient vivants.

– Souhaitons le bonjour à nos derniers invités. Si je ne me trompe pas, Sakura la chasseuse de cartes, et le Roi Aslan. Bienvenue à vous dans notre communauté. Je me présente, je m’appelle Gandalf le chapelier.

– Est-ce que c’est bien vous le sorcier ?

– Huhuhu, vous me flattez Sakura. C’est vrai que j’ai quelques pouvoirs, dit-il levant la main en l’air en claquant des doigts.

Des soucoupes et des tasses se matérialisèrent alors devant chaque invité. Puis des théières firent le tour de la table en volant, pour servir du thé dans chacune des tasses. Des cuillères se posèrent à côté de chaque soucoupe, ainsi que des petits bols de sucres et des gâteaux.

– C’est incroyable, répondit Sakura. Vous êtes vraiment très fort. Peut-être pourriez-vous me renvoyer chez moi ?

– Chaque chose en son temps. Prenez donc un peu de thé, mais n’en abusez pas trop, lui dit Legolas en lui faisant un clin d’œil.

– Hanyan[1].

« Trop mignon », pensa-t-elle en prenant sa tasse de thé. Mais à chaque gorgée qu’elle buvait, elle grandissait. Non pas en taille, bien qu’un peu quand même, mais en âge.

– Sakura, lui dit alors Aslan, vous vieillissez à vue d’œil. Certes, vous n’avez pas encore 25 ans, mais vous en avez maintenant au moins 16.

– Encore quelques gorgées, et vous serez parfaite, continua Legolas.

Sakura était sous le charme de l’elfe. Ne contrôlant plus ni ses émotions ni ses gestes, elle prit une poignée de gâteaux qu’elle mangea en quelques bouchées. Malheureusement, les gâteaux avaient eu, semble-t-il, l’effet inverse du thé. Toujours assise sur sa chaise, la table semblait plus haute et plus loin qu’avant.

– Legolas, regarde l’effet que tu as sur notre invitée, cria Gimli de l’autre bout de la table. Laisse cette jeune fille, même avec quelques années de plus, elle sera loin de tes presque 3 000 ans.

– 3 000 ans, franchement vous ne les faites pas Monsieur Legolas, vous êtes si beau et semblez si jeune. Et moi, quel âge me donnez-vous ?

– Et bien, maintenant vous devez probablement avoir 5 ans, tout au plus. Manger des gâteaux fait rajeunir, et boire du thé fait vieillir. Si vous mangez davantage, vous risquez de disparaitre.

– Donnez-moi du thé s’il vous plait !

Gandalf déplaça la théière vers Sakura qui but une tasse, puis une autre, et encore une autre, sans s’arrêter.

– Non !! Pas trop, malheureuse, cria Sam, si vous en buvez trop, vous risque de… mourir de vieillesse.

Mais malgré toutes les tasses bues, Sakura ne vieillissait plus, elle avait probablement retrouvé ses 25 ans.

– C’est étrange, lui dit Gandalf, vous ne semblez plus vieillir, malgré tout ce que vous avez bu. Enfin, tant mieux pour vous, mieux vaut ça que finir vieillard comme moi.

Le vieillissement n’avait pas eu qu’un effet physique sur Sakura. Elle semblait désormais plus lucide, elle avait conscience que le monde dans lequel elle était n’était pas normal. Elle devait absolument en sortir avant qu’il ne lui arrive autre chose ou qu’elle reperde ses esprits.

– Gandalf, dit-elle en s’adressant au sorcier, pouvez-vous me ramener chez moi ? Je dois absolument rentrer. Je ne sais pas vraiment ce qu’est ce monde, mais ce n’est pas le mien, cette situation n’est pas normale.

– Je vous ai déjà donné la réponse Sakura, lui répondit Aslan, vous êtes à Narnia, dans mon royaume.

– Narnia, mais qu’est-ce donc ? intervint Frodon. Ici, c’est la Terre du Milieu.

– Assez ! les coupa Sakura. La Terre du milieu, Narnia, de là où je viens, vos mondes n’existent que dans des livres, je connais ces histoires, je connais vos histoires. Et cette scène, c’est celle où Alice prend le thé au pays des merveilles.

– Des histoires vous dites ? reprit Gandalf. La seule personne qui raconte des histoires, c’est vous. Nous sommes suffisamment aimables pour vous accueillir à notre table, et voilà comment vous nous traitez. Vous devriez nous porter un peu plus de respect, jeune fille, nous avons une mission de la plus haute importance, nous sommes la com…

– La communauté de l’anneau, je sais, je vous ai dit que je connais vos histoires. Vous devriez vous dépêcher, les nazgûls ne sont peut-être pas très loin.

Gandalf tourna la tête vers Frodon.

– Fuyez, pauvre fou ! lui dit-il.

Le hobbit se mit alors à courir dans la forêt, suivi de près par Sam, Gimli, Legolas et Aragorn. Autour de la table ne restait plus que Sakura, Aslan et Gandalf. Alors qu’elle réfléchissait, les deux autres avaient commencé une discussion sur la sorcellerie. Aslan essayait visiblement de gagner Gandalf à sa cause pour aller combattre la Sorcière Blanche.

– J’en suis sûr, ce n’est pas un rêve, tout ceci est trop réel, et je me serais réveillée depuis longtemps. Comment tout a commencé ? Je faisais la vaisselle, j’ai entendu du bruit, je suis descendu à la bibliothèque, et c’est là que j’ai vu cette armoire qui n’était pas là auparavant. En rentrant à l’intérieur, je suis arrivée dans ce monde sous les traits d’une petite fille de 12 ans. Non, c’est impossible, tout ceci n’a pas de sens, c’est de la… Mais oui, c’est de la magie, il a forcément une carte de Clow là-dessous !

Rencontre avec le créateur

A ces mots, Aslan disparut progressivement. Gandalf quant à lui, changea peu à peu d’apparence, pour prendre les traits d’un homme qu’elle ne connaissait pas. Une quarantaine d’années environ, de longs cheveux noirs attachés en queue de cheval, et des lunettes noires. Elle sentait une force magique émaner de lui.

– C’est bien vous ? Le créateur des cartes, Clow Read ?

– Effectivement, c’est bien moi Sakura. J’espère que tu prends bien soin de mes précieuses cartes, mais la route est encore longue.

– Je fais mon possible, répondit-elle en souriant. Peut-être pouvez-vous m’aider en me disant comment sortir d’ici, et ce que je fais là ?

– Ce que tu fais là, tu l’as déjà deviné, les cartes de Clow se jouent de toi. Comment en sortir ? Il n’existe pas qu’un seul moyen de quitter ce monde. Mais tu as déjà commencé à emprunter l’un de ces chemins. Découvrir l’implication des cartes était la première étape pour sortir de ce monde. Ensuite, tu dois retrouver l’âge que tu avais avant d’arriver.

– Ce n’est pas bon ? Je n’ai pas à nouveau 25 ans ?

– Pas tout à fait. Mange deux bouchées d’un de ces gâteaux, ça devrait être bon.

Sakura s’exécuta et, même si elle ne s’en rendit pas vraiment compte, retrouva son âge d’origine.

– Et la troisième étape ?

Clow pointa son doigt vers la forêt. Les grands arbres s’écartèrent pour laisser la place à un labyrinthe fait d’arbustes, que Sakura observa de loin.

– J’imagine que tu as compris ce que tu dois faire ?

– Arriver à la sortie ? C’est tout ?

Elle n’obtint pas de réponse, puisqu’en se retournant vers Clow, elle constatât qu’il avait disparu.

Elle s’approcha alors de l’entrée.

– Bon, le moyen le plus simple de sortir d’un labyrinthe, c’est de toujours poser sa main sur un mur et de suivre le chemin naturel. C’est le plus simple, mais j’ai un moyen plus rapide.

Elle sortit son pendentif pour le changer en sceptre.

– Clé du sceau sacré, je te somme d’apparaître. Moi, Sakura, chasseuse de cartes, je te l’ordonne, libère ta puissance !

Le sceptre en main, il ne lui restait plus qu’à appeler ses cartes.

– Je ne sais pas si ça va marcher, mais je dois essayer. Cartes de Clow, par notre lien, venez à moi !

Ne pouvant pas venir dans ce monde par un chemin plus classique, les cartes se matérialisèrent alors instantanément devant elle. Elle prit la carte Wood dans sa main, et les autres s’effacèrent.

– Carte créée par Clow, confère-moi tes pouvoirs, moi Sakura, je te l’ordonne.

La carte ne prit alors pas la forme de la petite fille qu’elle était lors de sa capture, mais de… Groot.

– Woé, ce monde est vraiment… n’importe quoi.

– Je s’appelle Groot, lui répondit la carte.

– Oui oui, je sais qui tu es. Bon, j’ai besoin de toi, Wood…

– Je s’appelle Groot, l’interrompit la carte.

– OK, Groot, j’ai besoin de toi, trace-moi un chemin jusqu’à la sortie.

Groot partit en direction du labyrinthe, en ligne droite vers ce qui semblait être la sortie de ce monde. Les haies en arbustes disparaissaient sur son passage, laissant la place à un nouveau chemin direct.

Sakura le suivit et arriva non pas à la sortie, mais vers le centre du labyrinthe où Clow l’attendait déjà.

– Tu as fait vite, Sakura. C’était une brillante idée que d’utiliser Wood pour te frayer un chemin plus rapidement.

– Et maintenant, comment je rentre chez moi ?

– C’est très simple, répondit-il.

Il tendit ses mains vers elle et ouvrit les poings, paumes vers le haut.

– Tu prends la pilule bleue, l’histoire s’arrête là, tu te réveilles dans ton lit, et tu crois ce que tu veux. Tu prends la pilule rouge, tu restes au pays des merveilles et je te montre jusqu’où va le terrier.

– Mais… c’est une blague ?

Clow souriait.

– C’est vrai que j’ai un peu théâtralisé les explications, je me suis dit que la référence te plairait. Mais pour la dernière étape, il faut simplement que tu décides ce que tu veux faire. Soit tu restes ici avec moi, je pourrai te faire découvrir ce monde que tu as modelé, t’apprendre à en faire ce que tu veux, et t’aider à développer tes pouvoirs. Soit tu décides te rentrer chez toi, et ton expérience en ce monde, aussi réelle soit-elle, ne restera qu’un rêve qui s’estompera avec le temps.

– Le choix est assez simple. Mais avant de partir, j’ai une question à vous poser, en fait non, j’en ai des milliers.

– Je ne répondrais qu’à une question Sakura, mais hâte-toi, ton temps est bientôt écoulé.

Elle n’avait pas formulé son choix, mais son cœur avait parlé pour elle, elle était en train de rétrécir et allait disparaitre de ce monde. Elle avait plein de choses à lui demander, mais les questions se bousculaient dans sa tête. Les cartes, pourquoi était-elle devenue la Card Captor, sa mère, ses souvenirs disparus, sa mélancolie…

– Nous sommes-nous déjà rencontrés ?

– De toutes les questions que tu avais, tu me poses la plus évidente. Je suis mort il y a bien longtemps, Sakura. Nous ne nous sommes jamais physiquement rencontrés. Pas sous cette apparence en tout cas. Mais c’est vrai que nous avons pu avoir quelques liens, et que nous nous connaissions déjà. Nous aurons l’occasion de nous revoir.

Alors qu’elle rétrécissait de plus en plus et juste avant qu’elle ne disparaisse, Clow ajouta « A bientôt, Sakura, et bonne chance pour les prochaines cartes, elles risquent de te poser un peu plus de problèmes, le voyage va être mouvementé. ».

Retour à la réalité

– Maman, tu as oublié de me réveiller, je vais être en retard à l’école.

– Hmm, quoi ? Qu’est-ce qui se passe ?

Sakura sortait de son sommeil, elle était dans la chambre de sa fille, allongée sur le lit avec elle.

– Mais qu’est-ce que je fais là ?

– On lisait une histoire hier et tu t’es endormie. C’est bien, j’ai pu te faire des câlins toute la nuit.

– Woé, mais on est super en retard, dit-elle en regardant sa montre. Vite, on file à la douche, si on se dépêche on peut arriver à l’heure.

Sakura sortit de la chambre en vitesse en tirant sa fille par la main.

– Papa, cria-t-elle en descendant les escaliers, tu peux nous préparer le petit déjeuner s’il te plait ? On est en retard.

– Tout est déjà prêt, Sakura.

Après un lavage express, la mère et la fille ressortirent de la salle de bain, et foncèrent droit dans la cuisine pour prendre le petit déjeuner que Fujitaka leur avait préparé. Pas le temps d’apprécier, juste le temps de tout avaler. Après un brossage des dents, Sakura embrassa son père, et Azusa fit de même. En sortant de la maison avec sa fille, elle ajouta :

– Tu avais raison, Papa, je n’aurais pas dû me coucher si tard hier. Résultat, je suis en retard. Bonne journée, à ce soir.

– Bonne journée à vous aussi, répondit-il alors qu’elles étaient déjà loin. Mais de quoi parle-t-elle ? Quand je suis rentré hier soir, elles étaient déjà en train de dormir toutes les deux dans la chambre d’Azusa. Elle a dû rêver.

Au premier étage, Kéro se réveillait seulement. Contrairement à Sakura, il n’était pas en retard, et c’était même son heure habituelle de réveil. Quelque chose semblait avoir retenu son attention.

– Je sens la présence d’une carte de Clow pas très loin d’ici.

Il sortit discrètement de la chambre de Sakura, son père étant encore à la maison, il ne fallait pas qu’il se fasse repérer. Il entra ensuite dans la chambre d’Azusa en refermant la porte derrière lui. Il se dirigea vers le lit qui était encore défait, et poussa l’oreiller.

– Une carte de Clow ici ? Et Sakura ne m’a même pas prévenue ! Quand a-t-elle bien pu la capturer ? Il faudra qu’elle pense à écrire son nom dessus.

Une carte était posée sur le lit, sous l’oreiller que Kéro venait de pousser. Elle représentait un labyrinthe en dessous duquel était écrit le nom de la carte : Maze.


[1] Le cri de joie de Sakura quand elle est contente

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